l'Inde à Montoire

Le Festival Folklorique de Montoire, c'est bien. Voir ces "ambassadeurs"  de cultures quelquefois lointaines, c'est tr¢bien. Les rencontrer, leur parler pendant ces quelques jours de festival, c'est tr¢tr¢bien. Si en plus vous retenez quelques unes des informations qui suivent, ils seront fiers des connaissances que vous avez de leurs pays respectifs.
 
         Inde          
 
 
 L'Inde forme un immense État, qui fascine autant par la richesse de sa civilisation que par la diversité de sa population. Cet État, grand comme six fois la France, fruit d'une longue histoire, résulte directement de la division de l'Empire britannique des Indes au moment de l'indépendance, aboutissant à la formation de deux puis trois États distincts : Inde et Pakistan en 1947, ce dernier se scindant ensuite et donnant naissance au Bangladesh en 1971. Depuis lors, malgré de nombreuses difficultés et bien des conflits, l'Inde a connu une certaine stabilité politique, et a conservé le même régime de démocratie parlementaire (c'est «la plus grande démocratie du monde »). Une stratégie originale en matière de développement économique lui a permis de devenir une puissance à l'échelle mondiale et de faire face à une augmentation considérable de sa population, qui devrait dépasser celle de la Chine vers le milieu du XXIe siècle. Toutefois, alors que les tensions et les crises graves perdurent, le niveau de vie ne s'améliore que très lentement.
 
Géographie physique  
D'une superficie totale de 3 287 590 km 2, le socle indien forme un ensemble de plateaux et de moyennes montagnes. Il prend grosso modo la forme d'un losange dont la partie méridionale constitue la péninsule indienne, et la partie septentrionale, jusqu'aux environs de Delhi, une Inde centrale, plus massive. Des moyennes montagnes de diverses origines sont localisées sur les bordures du socle, tandis que les plateaux dominent au centre.
 
Géologie  
La plus grande partie de l'Inde méridionale et centrale est constituée par un socle qui a connu plusieurs phases de sédimentation, de plissement et d'aplanissement par érosion. Il est constitué de roches formées entre le précambrien et la fin du primaire. Les granites et gneiss cristallins, qui offrent une forte résistance à l'érosion, ne sont plus susceptibles que de déformations d'ensemble ou de cassures localisées. Les principaux mouvements tectoniques ont provoqué un basculement d'ensemble du socle, soulevant sa partie occidentale aux dépens du Centre et de l'Est. De grandes failles ont déterminé le tracé des côtes et créé des reliefs bordiers, continus le long de la côte occidentale de la péninsule. D'autres, qui prennent une direction dominante est-ouest, ont principalement affecté le nord-est du socle. Dans certaines régions se retrouvent les traces de plis anciens désormais arasés ; la conservation de leurs «racines » se traduit par des affleurements de roches plus ou moins métamorphisées et dures. Des sédiments datant de la fin du primaire sont conservés dans des fossés qui renferment d'importantes ressources de houille. Au cours d'une très longue période d'activité volcanique – qui, bien que difficile à dater en raison de l'absence de fossiles, semble avoir commencé au crétacé et s'être prolongée jusqu'au début du tertiaire –, de vastes nappes de laves basaltiques fluides se sont étalées au nord-ouest du socle. Ces laves étant montées le long de multiples fissures, il n'existe pas d'appareils volcaniques bien individualisés. Après chaque phase d'émission, des épisodes de sédimentation et d'altération ont laissé, entre chaque grande coulée, des lits rouges qui se sont superposés. Les surfaces supérieures des dernières coulées forment des plateaux (trapps ); elles s'étalent sur plus de 500 000 km 2. Le socle occupe une partie de la plaque indienne, qui se trouve en mouvement vers le nord depuis une centaine de millions d'années, déplacement au cours duquel elle a rencontré, à l'ère tertiaire, la plaque asiatique (ou tibétaine ). Au contact de ces deux plaques se sont formées une profonde fosse de subduction et une zone fortement soulevée et plissée : la première a donné naissance aux plaines empruntées par l'Indus et le Gange, la seconde correspond aux puissants reliefs himalayens (Karakorum et Tibet ); ces derniers sont flanqués sur leurs bordures, où la collision a été moins violente, par les chaînes des confins afghans, à l'ouest, et par les montagnes prébirmanes, à l'est. Les montagnes du système himalayen sont formées de roches cristallines, métamorphiques et sédimentaires. L'ensemble a été déformé par d'immenses nappes de charriage déversées vers le sud, puis affectées de cassures et de mouvements d'ensemble largement responsables des grands traits du relief. Des sédiments tertiaires arrachés à la grande chaîne ont été plissés dans les chaînons bordiers des monts Siwalik. Reliefs et milieux physiques  Les parties du socle les moins affectées par des mouvements tectoniques récents ont conservé de grandes étendues de plateaux. Les surfaces planes  Un premier type de région géomorphologique, bien représenté dans le centre de la péninsule, correspond aux vastes surfaces d'aplanissement surmontées par des reliefs dont les pentes raides se dressent au-dessus des plateaux, comme des îles sur la mer : c'est pour cette raison qu'on les qualifie d'inselberg («montagnes-îles », en allemand ). Ces reliefs sont dus à des affleurements de roches particulièrement dures, notamment des gneiss très résistants (charnockites ). Leur aspect particulier s'explique par la profondeur des altérations des roches, liées aux fortes températures et à l'humidité du climat, tandis que l'alternance de périodes sèches et pluvieuses a permis le maintien de pentes raides et l'élaboration de plans inclinés à leur pied. Les granites et les gneiss se sont décomposés sous l'action d'un climat chaud et globalement pluvieux ; ils ont donné des sols rouges, d'une fertilité assez médiocre. Un second type de plateau, lié aux nappes de basaltes, recouvre le nord-ouest de la péninsule. Leurs sommets sont plans ; les versants de vallées sont découpés en marches d'escalier, qui correspondent à des différences de résistance à l'érosion entre les «lits rouges » et les coulées basaltiques. Ces marches portent des sols noirs, riches en bases, pouvant retenir des quantités considérables d'eau entre les étages qui les constituent : ce sont les fameux regurs, sols adaptés à la culture du coton. Les moyennes montagnes  Au nord-est et à l'est du socle, des masses homogènes de granites et de gneiss ont été soulevées au tertiaire, déclenchant par la suite une phase d'érosion. Agissant dans des roches de résistance similaire, cette dernière a sculpté un relief de hautes croupes arrondies, sans direction dominante, qui évoquent le massif français des Vosges. Des moyennes montagnes offrent un aspect assez différent, dans la mesure où elles résultent d'une seconde phase d'érosion sur des alignements de roches dures correspondant aux racines de plis anciens. C'est notamment le cas pour les monts de Cuddapah, au sud-est, et la chaîne des Aravalli, qui s'allonge des environs du golfe de Cambay à Delhi. Comparables à ceux de la vieille chaîne de l'est des États-Unis, ces reliefs sont qualifiés d'appalachiens. Les cassures ont créé de grands escarpements qui ont été ultérieurement disséqués par l'enfoncement des cours d'eau. La plus spectaculaire de ces failles a engendré une véritable muraille continue en bordure de la mer d'Oman, les Ghats occidentaux (en sanskrit, le terme ghat désigne une marche d'escalier ). Des failles est-ouest ont affecté le Nord-Ouest ; elles ont donné naissance à des escarpements de même direction (monts Vindhya et Satpura ). L'ensemble du Deccan a subi un mouvement de bascule, relevant plus l'Ouest que l'Est ; la dissymétrie entre les côtes en est l'une des conséquences majeures. Les cours d'eau principaux prenant une direction orientale, ils ont construit de puissants deltas le long du golfe du Bengale, qui se trouve de la sorte bordé de plaines. À l'opposé, l'escarpement des Ghats domine presque directement la mer d'Oman, sauf dans le Sud, où subsiste une mince plaine littorale. La zone himalayenne  Le comblement de la fosse préhimalayenne est complété par les alluvions actuelles des fleuves. Des cônes de piémont se rencontrent en bordure des montagnes ; les eaux qui s'y infiltrent réapparaissent en aval, où elles entretiennent une zone marécageuse, le terai. Dans l'axe de la dépression, des terrasses alluviales dominent les lits majeurs comportant des basses plaines submersibles et des bourrelets de berge, plus élevés le long des lits mineurs. Les montagnes du Nord sont composées d'éléments différents qui se succèdent vers le sud : la haute chaîne de l'Himalaya, ou Grand Himalaya, domine de ses sommets perchés entre 6 000 et 8 846 m le plateau du Tibet, dont les altitudes se situent autour de 4 000 m. Le Moyen Himalaya, au sud de la haute chaîne, porte des sommets moins élevés (de 3 000 à 4 000 m ); des vallées et des bassins viennent quelque peu aérer le relief. Un alignement plus élevé et continu domine à son tour les chaînons des Siwalik, en bordure de la grande plaine. Les contrastes transversaux ne sont pas absents : alors que l'ensemble est plus complexe et élevé au nord-ouest, dans la région du Cachemire, les plus hauts sommets sont toutefois népalais.
 
Le climat  
Comprise entre 8 ° et 35 ° nord, latitudes correspondant à celles de Dakar et d'Agadir, l'Inde a un climat chaud qui doit beaucoup au mécanisme des moussons (terme venant de l'arabe mausim, «saison »). L'hiver  En hiver, le pays est recouvert par des zones de hautes pressions appartenant à la famille des anticyclones subtropicaux, lesquels sont présents tout autour du globe en cette saison, un peu au nord du tropique du Cancer. Les pressions diminuant vers l'équateur, les vents qu'émettent les anticyclones prennent une direction nord-est - sud-ouest à la suite de la déviation qu'impose la rotation de la Terre : c'est la mousson d'hiver, qui draine un air sec d'origine continentale. Les anticyclones ne sont pas favorables aux ascendances que nécessite la formation de précipitations ; aussi le temps est -il sec sur l'ensemble du territoire, tandis que le ciel demeure clair. Les températures (plus de 20 °C le jour, autour de 15 °C la nuit ) varient en fonction de la latitude. Elles fléchissent nettement, surtout la nuit, au nord d'une ligne reliant Bombay à Calcutta. Dans les plaines de l'extrême Nord, des gelées nocturnes peuvent survenir. Les derniers mois de la saison sèche (de février à mai ) sont très chauds sur l'ensemble du pays : les températures atteignent plus de 35 °C à la mi-journée. L'été  En été, la circulation atmosphérique est totalement réorganisée. Une dépression, à peu près permanente au nord-ouest de la région, se prolonge en direction du golfe du Bengale par un axe de basses pressions. D'autre part, des dépressions mobiles, qui se forment fréquemment dans le golfe du Bengale et se déplacent vers le nord-ouest, balaient les régions septentrionales. Les pressions étant élevées aux latitudes tropicales de l'hémisphère Sud, un immense courant d'air humide se dirige de l'océan Indien vers la péninsule. En raison de la déviation due à la rotation de la Terre, ce flux se dirige vers l'Inde sous la forme d'un courant de sud-ouest ; il tourne ensuite autour de l'axe dépressionnaire de l'hémisphère Nord, dans le sens inverse de celui des aiguilles d'une montre, et remonte la plaine du Gange. La direction de la mousson d'été est donc opposée à celle de la mousson d'hiver. Le mécanisme de la mousson  L'arrivée de masses d'air humide permet la formation de nuages entraînant d'abondantes précipitations. Celles -ci, inégalement réparties, dépendent à la fois de l'alimentation en air chargé de vapeur d'eau et des mécanismes pouvant provoquer les ascendances nécessaires au déclenchement des pluies. Les précipitations sont particulièrement fortes le long des côtes occidentales de la péninsule, où la mousson bute sur des accidents topographiques assez nets, et dans tout le Nord-Est, où les effets du relief se combinent à ceux des dépressions mobiles, véritables «cheminées d'ascendance ». En revanche, les régions centrales de la péninsule, ainsi que les côtes orientales, plus plates et non touchées par les dépressions, restent modérément arrosées. C'est surtout dans son trajet sud-est - nord-ouest, le long de la plaine du Gange, que la mousson perd une grande partie de son humidité. Les dépressions mobiles, qui jouent un rôle important dans le déclenchement des pluies, sont assez «capricieuses »: de graves sécheresses peuvent survenir les années où elles apparaissent rarement. Le Nord-Ouest connaît des climats beaucoup plus secs, voire à tendance aride. À mesure que la mousson faiblit, à partir de la fin septembre, les pluies diminuent progressivement. Toutefois, des dépressions mobiles se forment encore dans le golfe du Bengale, uniquement dans les zones les plus méridionales : elles expliquent les pluies dont bénéficient encore les côtes orientales de la péninsule. Certaines de ces dépressions sont suffisamment fortes pour provoquer des dégâts considérables le long des côtes. Le bilan des contrastes saisonniers est nuancé. Les moyennes montagnes de la côte occidentale et du Nord-Est ainsi que les régions orientales de la plaine du Gange ont des climats très pluvieux. Les moyennes montagnes de l'est du socle et les deltas bordiers du golfe du Bengale, encore bien arrosés, reçoivent la plus grande partie de leurs précipitations en automne. Les plateaux du centre de la péninsule sont nettement plus secs, moins toutefois que les régions de plaines et de moyennes montagnes (Aravalli ) du Nord-Ouest. Les versants himalayens tournés vers le sud sont très arrosés, surtout à l'est et au centre, tandis que la sécheresse marque les bassins et vallées situés dans le nord de la haute chaîne. L'altitude joue un rôle prépondérant : quelques kilomètres seulement séparent les régions de basses pentes, qui connaissent des climats tropicaux humides, des hauts sommets himalayens, où se trouve marquée l'influence polaire. Hydrologie  L'abondance des précipitations estivales et la disposition du relief ont doté l'Inde de grands fleuves au débit abondant. Toutefois, les contrastes sont marqués entre les systèmes hydrologiques influencés par l'Himalaya et ceux issus de la péninsule. Né dans l'Himalaya, le Gange emprunte l'axe de la plaine à laquelle il a donné son nom ; il forme ensuite un delta commun avec le Brahmapoutre au fond du golfe du Bengale. Les débits estivaux sont importants du fait de l'abondance des pluies et de la fonte des neiges et des glaciers himalayens (qui peut compenser le fléchissement des précipitations lors des années sèches ). Les réserves accumulées dans les nappes soutiennent les débits hivernaux, qui restent très inférieurs à ceux de l'été. Des périodes particulièrement pluvieuses, dues à une activité anormale des dépressions mobiles, peuvent provoquer de graves inondations, surtout dans le cours inférieur du fleuve. Également issues de l'Himalaya, des rivières, notamment la Sutlej, se dirigent vers le Pakistan et se jettent dans l'Indus. La plupart des grands fleuves naissent près de la mer d'Oman, dans les Ghats occidentaux, pour aller se jeter dans le golfe du Bengale. Les plus importants sont la Mahanadi, la Godavari, la Krishna et la Kaviri. Ce n'est que dans le nord de la péninsule que des cassures ont permis à la Narbada et à la Tapti de s'écouler d'est en ouest pour se jeter dans la mer d'Oman. Ces cours d'eau et leurs affluents sont essentiellement alimentés par les pluies d'été, abondantes en amont des bassins. Les débits hivernaux sont peu soutenus, et les années de faible abondance sont assez fréquentes. La correction de ces régimes est apparue particulièrement utile ; elle a été effectuée par la construction de grands barrages, comme ceux de Hirakud sur la Mahanadi ou de Nagarjunasagar sur la Krishna. Le monde vivant  Le paysage végétal indien se résume essentiellement à son exploitation agricole : rizières aux digues plantées de palmiers dans les régions les plus humides, champs ouverts piquetés d'arbres dans les parties les plus sèches. Les forêts ne sont plus guère conservées que dans les moyennes montagnes ou dans l'Himalaya. Dans les premières, on ne trouve de grandes forêts sempervirentes que dans l'extrême Sud-Ouest (celles des autres régions perdent leurs feuilles en hiver ). Elles recèlent des essences précieuses, comme le teck ou le santal. Les moyennes montagnes sèches et les parties les plus rocailleuses des plateaux sont recouvertes de brousse épineuse. En raison de la latitude, les forêts himalayennes peuvent se développer à plus de 3 000 m, voire 4 000 m d'altitude. Le climat chaud et un certain respect de la vie, qui fait partie intégrante de la culture indienne, permettent le maintien d'une faune abondante, avec une extraordinaire variété d'oiseaux, de singes et de reptiles, parmi lesquels figure le fameux cobra. Cependant, les animaux qui ont besoin de vastes territoires de chasse ou de pâture sont menacés de disparition, à l'image des tigres, dont l'effectif total ne dépasse pas 300 individus. Naguère encore, le terai offrait des terrains de chasse ; mais ils ont à peu près disparu avec le développement du défrichement. Les éléphants sauvages, pour leur part, ne se rencontrent plus guère que dans des réserves naturelles qui sont assez nombreuses dans les moyennes montagnes.
 
Population  
Deuxième pays au monde par la population, avec 969,7 millions d'habitants [estimation 1997 ], l'Union indienne (Bharat ), qui présente aujourd'hui une structure fédérale par laquelle elle tente d'harmoniser ses diversités linguistiques et culturelles, est aussi l'un des plus densément occupés (294,9 h./km 2 ) [estimation 1997 ]. La croissance  Cette position mondiale, qui tient plus à sa forte densité de peuplement qu'à l'extention de son territoire, a cependant des racines anciennes : selon les spécialistes de la démographie historique, la région correspondant à l'ancienne Inde britannique abrite environ 20 % de la population mondiale, et ce depuis les débuts de l'ère chrétienne. Effet de l'implantation précoce d'États centralisés, cette situation doit aussi beaucoup au développement de la riziculture irriguée, une des techniques agricoles traditionnelles les plus productives et les plus consommatrices en force de travail. L'Inde a conservé une partie de cette «avance ». Pourtant, l'«explosion démographique » a été relativement tardive (1920 ). Depuis l'indépendance, le taux d'accroissement naturel est resté remarquablement stable : autour de 1,9 % par an [estimation 1997 ]. Cette régularité traduit une évolution parallèle des taux de natalité et de mortalité : de 1965 à 1997, le premier est passé de 40 ‰ à 29 ‰, le second de 20 ‰ à 10 ‰.  Le gouvernement a très tôt essayé de promouvoir la limitation des naissances, utilisant plus volontiers la persuasion et la propagande que des méthodes coercitives. Le succès de cette stratégie n'a été que partiel, sans doute à cause de l'insuffisance du développement des équipements médicaux et des difficultés à sensibiliser une population rurale largement majoritaire. Quoi qu'il en soit, on peut y voir aussi un effet des insuffisances dans l'évolution de la condition féminine : l'Inde est l'un des rares pays où l'espérance de vie des femmes équivaut presque à celle des hommes ; en outre, les femmes accusent un retard certain du point de vue de l'alphabétisation. La diversité des communautés   La population indienne se caractérise par une série de divisions en communautés très contrastées. Les divisions liées aux «castes » sont les plus importantes ; elles reposent sur la répartition des Indiens en quelques milliers de groupes endogames, théoriquement déterminés par une spécialisation professionnelle et dont les membres sont classés selon leur jati (position hiérarchique, aux règles bien établies dans chaque village et dans chaque région ). D'autre part, à cette division en castes professionnelles se superpose une division religieuse en quatre «castes » ou varna, elles aussi définies, en théorie, par une spécialisation – varna sacerdotale des prêtres ou brahmanes, varna des guerriers (kshatriya ), varna des commerçants (vaiçya ), des travailleurs manuels (çudra ) –, ainsi qu'une population «hors varna », située au bas de l'échelle et souvent désignée par le terme de harijan («intouchables »). Il est donc à remarquer que le terme portugais casta peut aussi bien désigner des varna que des jati, si bien qu'il introduit une confusion ; en outre, une partie des plus anciennes populations, non hindoues, ne connaissent pas ce système en raison de leur organisation tribale. À ces différenciations en castes vient s'ajouter la pluralité des religions. Si les hindous sont largement majoritaires (82,6 % de la population ), devant une très forte minorité de musulmans (11,4 %), les fidèles des religions nées dans le monde indien (bouddhistes, sikhs, jaïns ) ou perse (parsis ), ainsi que les convertis au christianisme, ne représentent cependant pas plus de 6 % des croyants. L'Inde n'a aucune unité linguistique. Les grandes langues appartiennent à deux groupes distincts : langues indo-européennes dans le Nord, langues dravidiennes dans le Sud. Il faut y ajouter les multiples langues des populations «tribales », lesquelles comptent un faible nombre de locuteurs. L'anglais, deuxième langue officielle, joue un rôle notable dans la vie politique et économique du pays. La coexistence des communautés n'est pas chose aisée. Les Indiens ont cru trouver une solution en adoptant une structure fédérale, avec des États dont les limites ont été dessinées de façon à tenir compte des différences linguistiques. Certains d'entre eux sont très grands ; le plus peuplé, l'Uttar Pradesh, compte presque 140 millions d'habitants. Au cours de ces dernières décennies, les revendications des populations «tribales » ont conduit à créer de minuscules États, notamment dans les montagnes du Nord-Est. La répartition   La part des agriculteurs dans la population indienne restant largement dominante (66 % des actifs ), la productivité de l'agriculture demeure le déterminant essentiel de la distribution de la population. Les densités les plus fortes se rencontrent dans les plaines humides, le long du Gange et dans les deltas de la côte orientale, où elles dépassent fréquemment les 400 h./km 2. Au contraire, les régions sèches du Nord-Ouest et une partie des moyennes montagnes du socle connaissent des densités relativement faibles, bien qu'elles soient rarement inférieures à 100 h./km 2. La population urbaine, qui augmente plus vite que la population rurale, ne représente que 25,7 % des Indiens, soit un effectif de plus de 200 millions de personnes. La répartition des villes, dont vingt-cinq dépassent le million d'habitants, n'est pas fondamentalement différente de celle de l'ensemble de la population, même si le Sud est plus urbanisé. New Delhi, la capitale, Bombay et Calcutta – respectivement 11,6 millions [1994 ], 11,2 millions et 10,8 millions d'habitants – sont les trois plus grandes agglomérations. Dans un rayon de 100 à 200 km, leurs satellites connaissent une croissance particulièrement rapide.                              
                                                 
Économie  
La répartition de la population et des activités économiques est déterminée par une série de liaisons réciproques et de rapports avec les milieux physiques. Dans un pays où l'agriculture fournit encore près des deux tiers des emplois, il n'est pas étonnant que la productivité des systèmes agricoles soit un facteur essentiel pour expliquer les densités rurales ; pour une large part, il en va de même de la localisation des villes : elles ont été, et restent, des centres de services pour la population rurale. Les systèmes de culture fondés sur le riz autorisent de très fortes densités, tout particulièrement dans les plaines humides, qui forment un grand arc depuis le littoral du Sud-Ouest jusqu'à la plaine moyenne du Gange, incluant la côte orientale et ses grands deltas. La pratique de l'irrigation a permis de corriger les effets du milieu physique et d'étendre sensiblement le domaine de la riziculture. De plus, la prospérité des agriculteurs n'est pas plus élevée dans les anciennes régions de forte productivité que dans les zones de densités moyennes, maintenant modernisées, comme le nord-ouest de la plaine du Gange et certaines parties du Sud.  Deux autres grands facteurs viennent influencer la différenciation de l'espace indien. La politique coloniale, d'abord, qui a développé trois comptoirs majeurs le long des côtes (Bombay, Calcutta, Madras ) et conservé un rôle politique important à Delhi. Ces villes, devenues grands centres d'industrie et de direction économique, ont influencé les vastes régions situées à leur proximité. La politique dirigiste du gouvernement, ensuite, a conduit à des implantations industrielles dans une série de villes de l'intérieur : l'État cherchait à valoriser les ressources du sous-sol en créant des villes nouvelles à proximité immédiate des principaux gisements. Ainsi émerge, de la combinaison de ces trois influences essentielles, une différenciation spatiale complexe, source d'inégalités interrégionales. Trois grands pôles dominants se sont mis en place autour de Bombay, de Calcutta et de Delhi. Le Sud tout entier a une agriculture relativement prospère, associée à une nébuleuse de puissantes villes industrielles. L'intérieur de la péninsule a atteint un certain équilibre grâce à la modernisation de son agriculture et à l'essaimage de ses centres industriels. La situation est difficile dans un certain nombre de régions rizicoles très densément peuplées, où le développement des ressources n'a pas suivi la croissance démographique (plaine moyenne et inférieure du Gange ). Le Nord-Ouest, qui est très sec, et les montagnes du Nord et du Nord-Est restent marginaux. Agriculture  L'agriculture, qui n'intervient que pour 31 % dans la formation du PIB, est handicapée par les difficultés que rencontrent les petits exploitants, en dépit des efforts qui ont été faits pour améliorer leur statut. Grâce à la révolution verte, elle a pu faire face à l'augmentation de la population, sans toutefois parvenir à limiter les disparités sociales et régionales. Une réforme agraire modérée   Les dernières décennies de la période coloniale avaient été marquées par une croissance très lente des productions vivrières. Les nouveaux dirigeants considéraient que cette situation était largement imputable à des structures sociales «paralysantes ». Dans bien des régions, les cultivateurs se trouvaient dans l'incapacité de vivre convenablement ; en outre, l'investissement rural était gelé par les lourds prélèvements opérés par les propriétaires absentéistes, qui se contentaient souvent de tirer une rente du sol, préférant se livrer au prêt usuraire plutôt que de procéder à des investissements productifs. Ne disposant finalement pas de garanties de stabilité suffisantes, les tenanciers n'étaient guère incités à investir. Une partie des propriétaires absentéistes tiraient leurs droits d'une législation héritée de l'Empire moghol, étendue et radicalisée par les Britanniques, qui avaient notamment transformé certains collecteurs d'impôts (les zamindar ) en véritables propriétaires. Pour remédier à cet état de fait, les dirigeants du parti du Congrès préconisèrent la mise en œuvre d'une réforme agraire modérée : modification juridique du statut de la terre, sans partage des terres ni collectivisation. La fonction de zamindar abolie, les tenanciers purent recevoir des garanties de stabilité, alors que les loyers de la terre étaient plafonnés. Les législations différant d'un État à l'autre, le bilan de la réforme agraire est difficile à établir. Dans bien des régions, elle a permis l'émergence d'une «paysannerie moyenne » d'agriculteurs disposant, en tant que propriétaires ou tenanciers, d'exploitations rentables et à même d'effectuer des investissements. Dans l'ensemble du pays, ceux -ci contrôlent près de la moitié de la surface agricole utilisée. Toutefois, les conditions de vie sont très difficiles pour les minifundiaires : disposant de moins de 2 ha de terre, ils ne contrôlent que le quart de la surface agricole, même s'ils représentent un peu plus des trois quarts des exploitants. Le sort des ouvriers agricoles sans terre – environ 40 % des paysans – est encore moins enviable. Du point de vue économique, la répartition de la terre peut assurer des conditions favorables à l'activité agricole, d'autant que les minifundiaires et les travailleurs sans terre sont particulièrement nombreux dans certaines régions (Est de la plaine du Gange, Kerala ). En prenant en compte la très forte densité de la population, on voit mal comment une redistribution de terres plus radicale pourrait être effectuée. Le développement d'activités non agricoles semble être une alternative incontournable. Les systèmes de culture   La pression démographique a conduit les agriculteurs indiens à associer deux périodes de cultures dans leur calendrier. Les cultures d'été (kharif ), effectuées en saison des pluies, sont complétées par des cultures d'hiver (rabi ), dont le problème majeur est l'alimentation en eau. Le recours à l'irrigation joue depuis des siècles un rôle important dans le calendrier agricole. Les apports artificiels d'eau permettent de protéger les cultures kharif contre les irrégularités des précipitations et de substituer des cultures grosses consommatrices d'eau, comme le riz et la canne à sucre, à des plantes dont les besoins sont moindres, mais qui sont peu valorisées (millets, arachides ). Le rôle déterminant de l'irrigation pour l'extension des cultures rabi a été rapidement mis en évidence. La gamme des procédés techniques utilisés pour corriger les inconvénients de la répartition des pluies, dans le temps et dans l'espace, est très vaste : canaux distribuant les hautes eaux des rivières, puits, petits réservoirs (tanks ), système de canaux partant des grands barrages-réservoirs. Les systèmes de culture fondés sur le riz permettent plusieurs types d'associations : avec la canne à sucre (en été ), les millets, les oléagineux «tempérés » (colza, ricin, sésame ) et les pois (en hiver ). Ils caractérisent les régions bordières pluvieuses : petites plaines de la côte occidentale, deltas de l'Est, partie orientale de la plaine du Gange. L'irrigation étend désormais le domaine des cultures rabi de riz. Les systèmes fondés sur les millets – sorgho (jowar ), mil (bajra ) – associent des cultures sous pluie de millets et d'arachides avec du riz irrigué en kharif. Dans les régions où les sols ont un grand pouvoir de rétention d'eau, notamment sur les sols noirs que portent les basaltes, la culture du coton prend une grande place. Ces types d'associations dominent dans les régions relativement sèches du centre de la péninsule. Pour sa part, le blé est associé avec des pois et des oléagineux «tempérés » (rabi ), du maïs, voire du riz et de la canne à sucre (kharif ); cette combinaison est caractéristique des plaines septentrionales, où la baisse hivernale des températures est suffisante pour exclure les espèces tropicales de la période rabi, notamment le riz. L'hiver y assure, en outre, de bonnes conditions pour le blé, culture nécessitant un apport d'eau relativement faible. La révolution verte  Après une période qui a vu le gouvernement tenter de répartir équitablement les investissements dans l'ensemble du pays, la grave crise des années 1965 -1966 a fait prendre conscience des inconvénients d'un «saupoudrage » orchestré par New Delhi. Les pouvoirs publics ont donc cherché à associer sur les mêmes espaces l'irrigation, les engrais et les variétés à haut rendement mises au point dans des laboratoires de recherche agronomique. Cette stratégie, dite de la «révolution verte », a produit des effets spectaculaires : l'Inde a cessé d'importer des produits alimentaires tout en faisant face à l'augmentation de sa population. Mais la réussite n'est pas complète. Les inégalités se sont creusées entre les régions : les progrès ont avantagé celles qui étaient déjà bien dotées du point de vue des sols et des ressources en eau, à commencer par l'ensemble du Sud et par des États comme le Pendjab. D'autre part, si le niveau de vie des paysans s'est amélioré dans les régions les plus avancées, les inégalités sociales se sont maintenues, et même accentuées. La «révolution verte » est surtout le fait d'une moyenne paysannerie qui reste très minoritaire. Mines et énergie  Les ressources du sous-sol sont variées. Si elles permettent de faire face à certains besoins actuels et d'alimenter le secteur des exportations, les réserves sont souvent insuffisantes pour offrir de réelles bases de développement. En matière d'énergie, l'Inde possède pourtant un atout non négligeable avec l'importance de la production et des réserves de charbon. La houille, dont l'Inde est le quatrième producteur mondial, est conservée dans des fossés d'effondrement du nord-est du socle, notamment dans celui qu'emprunte la vallée de la Damodar ; premier bassin exploité en raison de la proximité de Calcutta, il reste en tête pour la production, même si la zone d'extraction s'est étendue vers le sud et l'est, jusqu'à la Godavari. Le pétrole jaillit dans deux régions limitées : le fossé de l'Assam, dans le Nord-Est, et les environs du golfe de Cambay, dans l'Ouest, où l'exploitation est en grande partie sous-marine, comme au large du port de Bombay. La production, encore modeste (45 millions de tonnes en 1997 ), permet de couvrir près de la moitié de la consommation actuelle, il est vrai assez sobre. En ce qui concerne l'électricité, pour l'essentiel produite par des centrales thermiques fonctionnant au charbon, l'Inde se situe au huitième rang mondial des producteurs. L'hydroélectricité, qui compte pour 25 % dans le total, provient de centrales installées à la sortie de l'Himalaya ou sur les grands fleuves de la péninsule. Pour mieux desservir les régions occidentales, des centrales nucléaires ont été construites (neuf sont actuellement en activité ). Le socle indien produit des minerais très variés. Les gisements de fer sont nombreux et dispersés ; hormis celui de Goa, dont les exportations vers le Japon ont suscité le développement, les plus productifs se situent actuellement dans le Nord-Est, à proximité des zones charbonnières. Les ressources en cuivre, aluminium, or et argent ne sont pas négligeables, même si elles ne peuvent supporter la comparaison avec le manganèse, le chrome, l'amiante et le mica, matières premières alimentant les exportations. Industrie  Dès 1947, les dirigeants indiens ont souhaité compléter l'indépendance politique par une autonomie économique fondée sur la mise en place d'une gamme complète d'industries, de la sidérurgie aux biens de consommation. La stratégie indienne  La politique industrielle a reposé sur l'édification d'un secteur public puissant et sur le partage des tâches entre les entreprises publiques et un secteur privé strictement contrôlé. Cette stratégie, périodiquement revue, a été mise en œuvre dans le cadre de plans quinquennaux fixant des objectifs et définissant les moyens pour les atteindre. Le financement des investissements publics a été assuré par la mobilisation de l'épargne intérieure et le recours à l'aide étrangère, dans le cadre d'accords bilatéraux. Le secteur public s'est vu réserver le contrôle des industries touchant à la défense, aux transports ferroviaires, à la sidérurgie et à l'énergie. Les usines publiques et privées se sont partagé les fabrications de machines-outils, les industries chimiques et pharmaceutiques. Le secteur privé jouit d'un monopole pour une vaste gamme d'industries de biens de consommation, en particulier le textile. Un certain nombre de domaines sont réservés à de très petites unités de production (small scale industries ) ou à l'artisanat : cigarettes, articles textiles traditionnels et soieries. Le contrôle du secteur privé était entretenu par l'obligation administrative d'obtenir des licences pour créer des capacités de production, importer des matières premières et des machines, passer des accords avec des firmes étrangères. L'objectif sous-jacent de cette mesure contraignante était d'éviter le développement des industries de biens de consommation aux dépens des équipements de base. Depuis 1975, le poids de la bureaucratie, mais aussi les revendications des classes aisées, qui se renforcent et souhaitent s'équiper davantage en biens de consommation durables, ont conduit l'État à assouplir considérablement ce système, notamment pour ce qui concerne les licences. Les objectifs essentiels de cette stratégie ont été atteints : l'Inde est désormais dotée d'un ensemble industriel complet. Ses exportations de biens manufacturés (machines, diamants taillés, tissus, vêtements de coton, etc.) dépassent celles des produits agricoles et des matières premières. Les localisations  Jusqu'à une date récente, la localisation des industries était encore marquée par le passé colonial. Depuis Calcutta et Bombay, les deux grands pôles industriels, s'est produit un essaimage en direction de villes plus ou moins éloignées : dans l'orbite de Calcutta, une série de villes sidérurgiques émaillent le Nord-Est, région riche en charbon et en fer (Jamshedpur, Bokaro, Bhilainagar, Rourkela ). À moins de 200 km de Bombay, les décentralisations ont assuré le développement de villes comme Pune (ou Poona ) et Nasik. De nouvelles nébuleuses industrielles sont nées, notamment dans l'extrême Sud (Bangalore, Coimbatore, Madras ) et dans la région qui s'étend de Delhi à la frontière pakistanaise. La nébuleuse du sud du Deccan est formée par une association d'anciennes capitales ou de centres de pèlerinage (Mysore, Thanjavur ), où aux activités traditionnelles se sont superposées des fabrications modernes. L'industrialisation gagne les alentours de Delhi, comme c'est souvent le cas pour les capitales politiques ; elle s'est développée au Pendjab, État qui offre un marché important en raison de sa prospérité agricole et de son potentiel hydroélectrique. Les grandes villes de la plaine du Gange (Kanpur, Agra, Lucknow, Patna ), celles de la péninsule (Nagpur, Hyderabad, Indore, Bhopal ) et celles du Gujerat (Ahmadabad, Vadodara, Surat ) ont été choisies comme lieu d'implantation de grandes usines du secteur public. Le commerce et les échanges   Le commerce intérieur se rattache pour l'essentiel au secteur privé, bien que le gouvernement ait instauré un système de collecte et de distribution de quelques produits agricoles de base (riz, blé, millets, pois, huiles alimentaires ), dont il fixe chaque année un prix plancher (auquel il les achète aux agriculteurs lorsque les prix du marché tombent sous ce seuil ). Les quantités ainsi collectées sont vendues à prix coûtant dans un réseau dense de «magasins à prix équitables » (fair price shops ), auxquels peuvent accéder les catégories les plus défavorisées. Cette intervention de l'État, qui porte sur un peu plus de 10 % de la production de céréales, permet donc de garantir les revenus aux agriculteurs et d'aider les couches les plus pauvres de la population urbaine. Le commerce privé est caractérisé par le foisonnement de très petites boutiques, voire des petits revendeurs à la sauvette, qui proposent fruits, légumes ou cigarettes à l'unité. Au cœur des grandes villes apparaissent des centres commerciaux d'allure moderne, destinés aux touristes et aux membres des classes aisées. Les petits commerçants appartiennent souvent à la caste spécialisée des vaiçya. Les échanges extérieurs de l'Inde ont considérablement évolué depuis l'indépendance. Alors qu'avant guerre la péninsule vendait du thé, du café, des épices et des textiles, les produits industriels représentent désormais 60 % des exportations. Du point de vue des importations, les biens d'équipement précèdent les produits pétroliers (respectivement 25 et 15 % des débarquements ). Les achats de biens alimentaires sont devenus insignifiants. Malgré ces transformations, l'Inde ne parvient pas à équilibrer son commerce extérieur, qui reste chroniquement déficitaire. Transports  De la période coloniale, l'Inde a hérité un réseau de voies ferrées beaucoup plus développé que celui de la plupart des autres pays du tiers-monde. Aussi ne s'est -elle pas trouvée devant la nécessité de construire une multitude de voies nouvelles : la longueur totale du réseau ferré est passée de 53 000 km en 1950 à 62 200 en 1995. Son efficacité a crû considérablement : des voies métriques ont été remplacées par des voies à écartement standard, beaucoup de lignes à voie unique ont été doublées, les axes majeurs ont été électrifiés. Ces réels progrès n'empêchent pas la persistance de goulets d'étranglement. Pendant d'assez longues périodes, l'efficacité des industries a été entravée par l'irrégularité de l'acheminement du charbon et des matières premières. Les trains de voyageurs parcourent encore assez lentement les très longues distances liées à la dimension du pays. Aussi, les Indiens les plus fortunés (hommes d'affaires et fonctionnaires ), ainsi que les touristes, ont de plus en plus recours aux transports aériens, dont la compagnie publique (Indian Airlines ) assure les grandes liaisons intérieures. Le gouvernement a récemment autorisé une compagnie privée à desservir des villes moins importantes sur des itinéraires plus courts. Le réseau routier reste très insuffisant : beaucoup de sections, même sur des axes importants, sont encore trop étroites, tandis que les autoroutes sont quasi absentes. La plus grande partie des routes secondaires ne sont pas asphaltées, ce qui entrave sérieusement l'accès à bien des villages pendant la saison des pluies. Les dix ports majeurs enregistrent ensemble un trafic total de 150 millions de tonnes, soit la moitié de celui de Rotterdam. Les liaisons internationales sont assurées par les trois aéroports majeurs (Bombay, Calcutta et Delhi ).
 
Histoire  
Le million d'années de préhistoire indienne, dont les principales cultures sont le soanien et le madrasien, semble se caractériser par le conservatisme de ses industries lithiques, dont l'outil de référence est le galet aménagé. Les techniques microlithiques, qui marquent la fin de la préhistoire, apparaissent tardivement et ne se généraliseront qu'au lendemain de la dernière grande glaciation. Aux marges de l'espace indien, dans le Baloutchistan (site de Mehrgarh ), apparaît l'un des premiers foyers mondiaux de développement néolithique. Au cours du VIIIe millénaire s'y amorce le passage d'une économie fondée sur la cueillette et la chasse à une économie productrice, comparable à celle des civilisations du Proche-Orient. Pendant quatre millénaires, les innovations s'y succèdent, conduisant des premières agglomérations en briques crues, des domestications animales (chèvres, moutons, bovins ) et des cultures végétales (orge ) à un néolithique avec céramique à son apogée vers 6000, puis à l'adoption des techniques des métaux vers 5000. Après 4000, la diversification de l'agriculture autorise la formation d'un réseau d'agglomérations, puis une maîtrise de l'espace qui favorise la colonisation de la vallée de l'Indus vers 3000. Celle -ci devient alors l'une des voies axiales des échanges et le foyer de convergence des cultures régionales. Parallèlement, les techniques du Baloutchistan ont rayonné en direction du Gange, où elles se sont mêlées aux innovations locales, si bien que les chasseurs-cueilleurs de l'Inde continentale adoptèrent à leur tour des pratiques agricoles. L'Inde de la fin du IVe millénaire est ainsi prête pour entrer dans une histoire qui peut être divisée en quatre grandes phases d'un peu plus d'un millénaire chacune. Du IIIe millénaire à la veille du Ier millénaire av. J.-C. règne la civilisation de l'Indus. Du milieu du IIe millénaire à la veille de l'ère chrétienne, la civilisation aryenne archaïque domine. De la veille de l'ère chrétienne à la fin du Ier millénaire s'étend la période des grands empires panindiens. De la fin du Ier millénaire à nos jours, la marque de l'islam est vivace. La civilisation de l'Indus et son héritage  Au cours de la première moitié du IIIe millénaire, la diffusion de la civilisation transélamite au travers du plateau iranien et le développement d'un commerce par voies terrestre, fluviale et maritime ont permis la multiplication des contacts des cultures de la vallée de l'Indus avec les civilisations du Proche-Orient. Ces relations nouvelles stimulent les activités économiques et favorisent la naissance d'artisanats spécialisés. Ces contacts conduisent à l'émergence de structures sociales qui vont permettre un véritable saut culturel : dans une Inde du Nord-Ouest désormais occupée par des cultures villageoises et agricoles bien affirmées, les bourgs préurbains de la vallée de l'Indus entrent dans une période de transition, qui aboutit, entre 2600 et 2500 av. J.-C., à l'élaboration d'une civilisation urbaine considérée comme une synthèse entre les diverses cultures qui s'étendent du Baloutchistan à la rivière Yamuna. L'Inde aryenne  C'est dans ce contexte de déliquescence de la civilisation urbaine que, vers 1500 av. J.-C., les Aryens (peuple indo-européen venu du Tadjikistan ) ouvrent la deuxième grande phase de l'histoire de l'Inde. Ils colonisent l'Inde du Nord, lui imposent leur langue (le sanskrit ), leur religion, mais surtout leur hiérarchie sociale. Cette phase débute par une première période védique (de 1500 à 1000 av. J.-C. ), où les Aryens cohabitent avec les sédentaires, héritiers de la civilisation de l'Indus, qui ont une culture plus développée. Tout en poursuivant leur vie tribale de pasteurs semi-itinérants, les Aryens se répandent dans le bassin de l'Indus, mais occupent essentiellement le Pendjab. Puis une manière de compromis s'établit avec certains groupes indigènes, premier pas du processus d'intégration culturelle qui, en deux millénaires, indianisera l'Inde et ensuite l'Asie du Sud-Est. En effet, les Aryens, porteurs d'un savoir (veda ) inspiré par les dieux à des sages (rishi ) qui le transcrivent en sanskrit archaïque, le font partager aux premiers habitants indusiens. À la veille du Ier millénaire, les Indo-Aryens, de surcroît touchés par la métallurgie du fer, dont ils maîtrisent bientôt la technique, débordent le cadre du Pendjab pour s'infiltrer dans la vallée du Gange. Les changements politiques  Commence alors la deuxième période védique, de 950 à 600 av. J.-C., au cours de laquelle les Indo-Aryens entrent dans un double processus d'évolution. Le premier, de nature politique, marque l'abandon du stade tribal au profit de confédérations, dont la définition est plus territoriale ; le second, religieux, voit s'élaborer des formes complexes, telles que les sacrifices cosmiques, qui conduisent à une répartition de la société en quatre fonctions fondées sur un rapport différent au sacrifice et qui permettent de distinguer le religieux du politique. Lesdites confédérations en acquièrent une dimension préétatique, tandis que des mythes de fondation enracinent le nouvel ordre védique sur un centre, Haryana, qui devient la «terre sainte » de l'hindouisme, où la société indo-aryenne trouve les symboles de sa cohésion. Au moment où la vallée du Gange est colonisée émergent des chefferies claniques, parmi lesquelles celle des Kurukhs, implantée entre le vieux pays du Pendjab et le front pionnier de la vallée du Gange, qui se voit reconnaître une position dominante, magnifiée par l'épopée du Mahabharata. La pénétration des Indo-Aryens est bientôt telle que, dès 800 av. J.-C., ils ont une connaissance certaine d'une bonne partie de l'Inde et que de grandes entités politiques régionales, les Janapadas, découperont l'Inde du Nord. Par ailleurs, cette dernière réintègre le grand commerce maritime avec la Mésopotamie. Ces relations lui apportent, après plus d'un millénaire de parenthèse orale, une nouvelle forme d'écriture, alphabétique, la brahmi. Simultanément, les Indo-Aryens prennent le contrôle du Deccan (ce que rapporte le Ramayana sous un voile épique ), conçoivent potentiellement l'Inde comme un tout, et les grandes valeurs de leur culture sont progressivement codifiées.  Une nouvelle urbanisation se développe, dans la vallée du Gange cette fois, dont la prise en main sera achevée à la fin du VIIe siècle av. J.-C. Au terme de cette évolution culturelle, sur le plan religieux, l'enseignement des veda (avec sa notion de salut collectif ) cède devant les premières Upanishad et leur célébration d'une dévotion personnelle, qui semble marquer un retour vers une sensibilité religieuse préaryenne et sera désormais la marque de l'hindouisme. Sur le plan intellectuel naît une réflexion laïque personnelle, avec l'apparition de la philosophie de Kapila. L'épicentre de l'Inde glisse à nouveau vers l'est, où les pouvoirs locaux qui se structurent autour de leurs capitales fortifiées s'affrontent pour le contrôle de la navigation sur le Gange. L'Inde est enfin mûre pour entrer dans l'histoire proprement dite, c'est-à-dire avec des faits datables dans le cadre de grandes synchronies mondiales. L'expansion perse avec Darios, de 550 à 528 av. J.-C., en est l'occasion lorsqu'elle débouche sur le monde indien, apportant, en particulier, une deuxième écriture à l'Inde : la kharosti, dérivée de l'écriture de la chancellerie perse, à l'origine des alphabets contemporains. La diffusion du modèle politique perse suscite alors une première vocation impériale de la part des princes du Magadha (région qui assure le contrôle de la navigation sur le Gange ), avec une première dynastie historiquement attestée, celle des Haryankas, qui s'affirme de 575 à 410 av. J.-C. Réformes religieuses  Dans ce contexte de redéfinition des équilibres de l'ordre indien s'élaborent deux «réformes » de l'hindouisme, qui donnent naissance à deux grandes doctrines. Celles -ci vont structurer l'autre volet de la pensée indienne : celui du renoncement, de la non-violence et du détachement, grâce à l'organisation de communautés monastiques. Le bouddhisme de Çakyamuni (vers 563 - vers 470 av. J.-C. ) devient la religion de référence de l'Extrême-Orient, alors que le jaïnisme de Mahavira (540 -468 av. J.-C. ) reste indien et minoritaire. Parallèlement, le classicisme indien achève de se fixer, avec la codification du sanskrit par Panini, dans la seconde moitié du Ve siècle av. J.-C. La pression exercée par les Indo-Aryens sur le Deccan a favorisé, probablement, l'émigration des Dravidiens de l'Inde du Sud vers l'Asie du Sud-Est, dont les premières mentions apparaissent dans le Ramayana. Les empires panindiens   Au terme de ces élaborations, l'épopée d'Alexandre, qui atteint l'Inde du Nord-Ouest en 326 av. J.-C., ouvre le champ aux conceptualisations politiques unitaires autant qu'aux ambitions individuelles. D'Alexandre à l'ère chrétienne  Un aventurier, Chandragupta, prend le pouvoir au Magadha, dont il fait le noyau du premier Empire panindien : celui des Maurya, qui vont entreprendre une conquête souvent violente de l'Inde. Parallèlement, Kautilya, ministre de Chandragupta, compose le traité le plus célèbre de l'Arthasasthra vers 300 av. J.-C. ; il concerne la vie politique, administrative et économique de l'Inde. L'Inde moderne s'affirme avec les Maurya.  Chronologie (- 269): Début du règne d'Açoka en Inde À la mort d'Açoka, en 237 av. J.-C. (après s'être converti au bouddhisme, il a envoyé des missions convertir Ceylan en 240 ), l'Empire se morcelle. Son destin se révèle parallèle à celui de l'Empire gréco-iranien des Séleucides. Lorsque le dernier Maurya disparaît, le sous-continent se repartage entre une Inde gangétique aux mains des Çunga, une Inde du Nord-Ouest, où des aventuriers grecs venus de Bactriane se taillent des royaumes, et une Inde du Centre et du Sud, où les principautés locales (Andhra, Kalinga, Pandya ) affirment leur jeune personnalité. Les Çunga sont renversés à leur tour par les Kanva (de 73 à 25 av. J.-C. ), pendant que les Grecs sont éliminés par les Sakas de Transoxiane (d'autres Indo-Européens de la steppe ), qui, chassés par les turbulences de l'Asie centrale, s'implantent à leur tour dans l'Inde du Nord-Ouest au cours du Ier siècle av. J.-C. Parallèlement, les Andhra de l'Inde centrale tentent de reconstituer un empire. Définitivement libérées, les principautés de la façade maritime du golfe du Bengale rayonnent sur l'Asie du Sud-Est où, à l'aube de l'ère chrétienne, apparaissent les premières chefferies indianisées. C'est alors qu'une nouvelle vague d'envahisseurs indo-européens venus d'Asie centrale, les Kushanas, sait tirer profit de l'expansion du grand commerce «international », favorisé par le développement des Empires romain et chinois, pour s'installer en position articulatoire, des passes de l'Asie centrale à la vallée de l'Indus et à celle du Gange, et redonne ainsi une cohésion impériale au monde indien. Ce nouvel Empire connaît son apogée au Ier siècle apr. J.-C., avec l'empereur Kanishka. Du Ier au Ve siècle   Cependant, l'agitation hunnique en Asie centrale remet en cause cet équilibre : le pôle des échanges mondiaux se déplace plus à l'ouest, au bénéfice de l'Iran des Sassanides, qui défont les Kushanas en 242. La dynastie des Satavahana, ou Andhra, au sud, décline parallèlement et est remplacée par des pouvoirs situés plus à l'est, en relation avec le commerce du Sud-Est asiatique : les Pallava de Kanchipuram (250 ) et les Vakataka de Nandivardhana (270 ). Mais le succès même de ces entreprises permet à un nouveau pouvoir panindien de se constituer, au centre traditionnel de l'Inde, sur l'ancien royaume de Magadha, d'où émerge une nouvelle dynastie impériale, celle des Gupta, qui acquiert sa puissance avec Chandragupta au début du IVe siècle. Avec ce nouvel Empire, l'Inde connaît un essor économique et culturel de tout premier plan ; d'autant plus que, pendant longtemps, elle est le seul royaume épargné par les invasions des peuples des steppes. La renaissance hindouiste se traduit par un essor de la littérature, encouragée par le roi Chandragupta, comme l'illustre le poète tragique Kalidasa, qui a parfaitement su traduire l'idéal de la société brahmanique. L'empire des Gupta finit par être victime des invasions des peuples des steppes (qui ne sont plus des Indo-Européens ). Skandagupta (455 -467 ) cède sous la pression des Huns blancs, ou Huns Hephthalites. La société indienne entre alors dans une phase d'émiettement politique et de dépression économique. Les sociétés maritimes, en particulier les sociétés de l'Inde du Sud, telles que celles des Pallava, font définitivement entrer les pays tamouls dans l'histoire. Si elles échappent dans un premier temps à la dépression, elles ne peuvent éviter d'être touchées dans un second temps, du fait de la diminution du commerce maritime entre l'Inde et la Chine. Les Huns blancs, pris à revers par les Turcs d'Asie centrale, sont finalement vaincus en Inde du Nord au milieu du VIe siècle. L'Inde n'en reste pas moins fragmentée au cours du VIIe siècle, et les tentatives de restauration de l'unité échouent : celle des Calukya en Inde centrale ou celle du roi Harsha (606 -647 ) en Inde du Nord. Désormais, l'Inde ne trouvera plus en elle les moyens d'un ordre impérial.
 
La marque de l'islam    
L'islam profite de l'instabilité chronique de l'Inde pour s'enfoncer, au fil des siècles, un peu plus profondément dans le Nord-Ouest, où il est cependant contenu pendant un demi-millénaire. La première conquête de l'Inde par les musulmans est celle du Sind en 712, mais elle est aussitôt arrêtée. Les divers royaumes indiens, à défaut de retrouver la voie de l'unité (dynastie des Gurjara, en Inde du Nord, etc.), retrouvent au moins, grâce au redémarrage économique favorisé par l'islam, celle de leur prospérité. C'est ainsi que, avec le IXe et le Xe siècle, l'Inde, rendue forte par le dynamisme politico-économique de ses divers royaumes et de leurs brillantes dynasties, comme celle des Candella, entre dans une période où les différences régionales se marquent davantage. En même temps, le bouddhisme laisse la place au brahmanisme. Les vagues turques  Au début du XIe siècle, la pression de l'islam arabo-iranien est remplacée par celle des Turcs nouvellement islamisés : avec Mahmud de Ghazni, ils prennent le contrôle de l'Inde du Nord-Est autour de Lahore, capitale du Pendjab. Mais la vague retombe bientôt, et la frontière avec l'islam se stabilise à nouveau pour un siècle et demi (de 1030 à 1191 ), pendant que les thalassocraties de l'Inde du Sud (les Cola ) tentent de prendre le contrôle des voies maritimes en direction du Sud-Est asiatique, poussant leurs expéditions jusqu'à Sumatra.  Une nouvelle vague turque, celle de Muhammad de Rhur, s'avance à partir de 1175, prend pied dans la vallée du Gange, défait (1192 ) les hindous de Prithvi Raj. Elle va faire disparaître en Inde du Nord la brillante civilisation hindoue, car le général Qutb al-Din Aybak, qui s'installe à Delhi avec le titre de sultan, s'étant fait reconnaître par le calife de Bagdad, cherche à étendre l'autorité du sultanat à toute l'Inde du Nord. Cinq dynasties musulmanes se succèdent sur le trône de Delhi : celles des Mamelouks, dite des Esclaves (1206 -1290 ), des Khaldji (1290 -1320 ), des Turhluq (1320 -1414 ), des Sayyid (1414 -1450 ) et des Lodi (1451 -1526 ). Elles sont contraintes de contenir par trois fois (1221, 1241 et 1292 ) la pression mongole. Le Deccan reste aux mains des hindous, dont les multiples dynasties continuent à prospérer. Le sultanat de Delhi  Le sultanat de Delhi, malgré une histoire dynastique troublée, entreprend alors de «nettoyer » l'Inde du Nord (1296 ), faisant disparaître les derniers princes bouddhistes de la péninsule, les Pala et les Sena du Bengale ; il se lance ensuite à la conquête du reste de l'Inde, mais le coût de la guerre est tel que, malgré les pillages, une crise économique interne au sultanat est difficilement maîtrisée, par un très strict et remarquable contrôle. Si la dynastie des Turhluq tente de maintenir la vocation impériale du sultanat au milieu de difficultés croissantes, elle ne peut empêcher sa féodalisation (et l'indianisation corrélative de l'islam ), ni la reconstitution de grands pouvoirs hindous (fondation en 1336, dans le Mysore, du royaume de Vijayanagar, en lutte, pendant plus de deux siècles, contre l'islam ), ni la terrible invasion turco-mongole de Timur Lang (Tamerlan ), qui ravage l'Inde du Nord-Ouest en 1398. Le sultanat de Delhi sort affaibli de l'épreuve au point que, déchiré par les révolutions de palais, les changements dynastiques et les guerres de succession, il n'a plus les moyens de maintenir son rôle unitaire. Pendant plus d'un siècle et demi, l'Inde redevient une mosaïque féodale, partagée en royaumes prospères et souvent bien gouvernés, qui favorisent l'éclosion des arts. Dans un climat qui n'est pas sans rappeler celui de l'Europe de la Renaissance, après près d'un millénaire d'interruption des relations directes, l'Occident refait son apparition aux Indes. Au terme d'un siècle d'une méthodique expansion maritime, qui a permis aux Portugais de maîtriser la circumnavigation de l'Afrique, Vasco de Gama atteint Calicut en 1498. Hollandais, Danois, Anglais et Français suivront bientôt, mais ils seront animés d'intérêts essentiellement commerciaux. Leur rôle demeure secondaire jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. D'autant plus qu'un petit prince du Ferghana, Baber (1483 -1530 ), descendant de Timur Lang par son père et de Gengis Khan par sa mère, allait jeter les bases d'une restauration d'un ordre impérial qui devait durer plus de deux siècles. L'Empire moghol  Au terme de trente-cinq ans de raids aux fortunes alternées (1525 -1561 ), les princes de la lignée de Baber s'imposent à l'Inde en la personne de son petit-fils Akbar (1542 -1605 ); il double sa politique impériale de conquête (il met fin au dernier grand État de l'Inde du Sud, celui de Vijayanagar, en 1565 ) d'un partage tolérant des responsabilités politiques entre personnalités des diverses religions. Pendant un siècle, les Moghols contrôlent la quasi-totalité de l'Inde, mais, après la mort d'Aurangzeb (1658 -1707 ), qui avait infléchi la politique impériale dans le sens d'un respect dévot et intolérant des préceptes de l'islam, l'Empire, affaibli, est décomposé par les guerres de succession. Bien que le raid du roi perse Nader Chah sur Delhi (1739 ) soit une parenthèse sans lendemain – en effet, l'Empire ne disparaîtra en titre qu'en 1858 –, l'autorité de l'administration impériale, après cette date, tend à être nulle. L'Empire moghol est démembré, les pouvoirs hindous renaissent, et les puissances occidentales, qui s'étaient contentées de gérer au mieux leurs comptoirs commerciaux, sont alors insérées dans le réseau de pouvoirs indiens.  C'est alors que Dupleix, devenu gouverneur de Pondichéry en 1742, envisage tout à la fois de créer un empire européen sur les ruines de l'Empire moghol et, par contagion des conflits franco-anglais de l'Europe, de ruiner les positions britanniques aux Indes. Après de notables succès, Dupleix est rappelé en France en 1754. Sa politique est récupérée par son adversaire Clive, qui l'inaugure par une première grande victoire sur le nabab du Bengale, à Plassey en 1757 ; elle marque le début d'une ascension qui sonnera le glas de l'Inde française et s'achèvera par la prise en main de l'ensemble du sous-continent indien par les Britanniques. Le temps de la compagnie des Indes  La double défaite des Français à Madras et du nabab du Bengale marque l'échec de toute tentative d'élimination des Britanniques ; la France ne conserve plus que cinq comptoirs : Pondichéry, Yanaon, Karikal, Mahé et Chandernagor. Les conquêtes militaires  Pour éviter de se trouver en première ligne dans les conflits entre princes, la Compagnie britannique des Indes orientales doit reprendre à son compte la politique des Grands Moghols : s'allier aux puissances dominantes du moment, au nord les Marathes, et au sud le nizam de Hyderabad. Les Britanniques vont ainsi pouvoir renforcer leur présence dans l'Inde du Sud : malgré la résistance (1765 -1799 ) de Haydar Ali puis celle de Tipu Sahib, ils s'emparent de Mysore. Profitant de querelles de succession, ils prennent le contrôle administratif de Madras puis de Tanjore (ou Thanjavur ), avant de placer, en 1822, le nizam de Hyderabad sous protection militaire. L'éclatement de la confédération marathe, entre 1800 et 1810, leur permet ensuite de renforcer leurs positions dans le Nord : ils prennent le contrôle du port de Surat, puis d'Oudh. Ils se trouvent dès lors face à la puissance dominante de l'Inde du Nord-Ouest : celle des sikhs, constitués en empire depuis 1764. Ce n'est qu'après vingt ans de guerre que les Britanniques arriveront à les vaincre (en 1846 ), le relais des sikhs étant pris, dès 1834, par les Afghans, qui résisteront jusqu'en 1914. La rentabilité économique  L'objectif premier de la Compagnie reste le profit, et, pour faciliter l'exploitation commerciale des Indes, les Britanniques introduisent un appareil réglementaire de type occidental : modification du régime foncier en 1793 ; création d'un corps de collecteurs d'impôts, les zamindar, qui se transformeront progressivement en «propriétaires » fonciers ; instauration d'un système judiciaire ; puis fondation d'un premier collège anglo-indien en 1834. Ce cadre facilite les synergies avec les autres implantations asiatiques de la Compagnie, en premier lieu en Chine : le développement des plantations d'opium au Bengale permet de compenser les achats de produits chinois. La révolte des cipayes (avril 1857-juin 1858) C'est dans ce contexte de renforcement de la tutelle britannique que l'annexion d'États sans héritiers directs (Udaipur, Jhansi, Nagpur ) met le feu aux poudres. Bon nombre de princes, à commencer par les Marathes, vont alors s'allier aux cipayes (les soldats indigènes de l'armée des Indes ), qui refusent les nouvelles cartouches enduites de graisse animale. Coalition hétérogène, la «grande mutinerie » échouera, et la répression qui suivra sera particulièrement brutale. En substituant, en 1858, la Couronne britannique à l'Empire moghol (le dernier empereur est déporté en Birmanie ), Londres réglera – mais pour un temps seulement – le problème politique. L'apogée du British Raj (1858 -1920 )   Chronologie (1876): La reine Victoria est proclamée impératrice des Indes Les Indes seront alors administrées par un vice-roi et l'Indian Civil Service. Peu nombreux, environ 100 000, pour dominer un si grand ensemble (4,7 millions de kilomètres carrés ), les Britanniques adoptent un système mixte : les deux tiers du subcontinent sont sous administration directe ; le tiers restant est laissé aux princes (environ 600 au début du XXe siècle ), vassaux de la Couronne, localement représentée par un résident qui jouit d'un droit de regard sur les affaires intérieures et extérieures. Une véritable idéologie coloniale, fondée sur la «supériorité culturelle des conquérants », se développe. Lorsque la reine Victoria prend le titre d'impératrice des Indes, en 1876, la suprématie «impériale » légitime toute intervention dans les successions princières. Un développement économique   Le développement des chemins de fer permet de mettre en valeur des régions entières spécialisées dans les cultures d'exportation (jute, thé, coton ), lesquelles alimentent les usines britanniques. Avec l'imposition du monopole des cotonnades, les «indiennes » sont désormais fabriquées dans le Lancashire, et les usines locales sont ruinées. L'émergence d'une pensée politique  Le développement d'une bourgeoisie indienne anglicisée, mais exclue de l'appareil politique (en 1879, le nombre de fonctionnaires indiens est limité à un sixième des effectifs ) et économiquement brimée, aboutit à la naissance de deux courants, qui perdureront après l'indépendance, l'un nationaliste et l'autre traditionaliste hindou. À la différence des traditionalistes, dispersés en une multitude de groupes, le parti du Congrès (fondé en 1885 par un Britannique ) réussit à structurer le nationalisme en s'appuyant sur deux des trois premières castes indiennes : les brahmanes et les vaiçya (caste marchande ), les castes princières «collaboratrices » restant à l'écart. La question est alors de savoir si l'Inde est une nation ou un simple concept géographique. En partageant le Bengale en deux entités, l'une musulmane et l'autre hindoue, lord Curzon (vice-roi de 1898 à 1905 ) affirme de facto l'inexistence de la nation indienne. Il pousse ainsi les musulmans, qui constituent la première des minorités de l'Empire (plus du quart de la population ), à s'organiser, et la Ligue musulmane est créée en 1906. Lorsque les nationalistes étendront leur action au domaine économique en prônant le boycott des marchandises anglaises, l'agitation deviendra permanente, et les Britanniques y répondront par une série de réformes ambiguës : en 1909, la généralisation et le renforcement des conseils provinciaux, mesure contrebalancée par la création d'un électorat séparé pour les musulmans ; puis l'élection en 1919 de la majorité des membres des conseils législatifs provinciaux, compensée par un arsenal répressif largement utilisé, comme en témoigne le massacre d'Amritsar, qui généralise les procédures d'exception. C'est dans ce contexte que, en 1914, le retour de Gandhi (avocat au barreau de Londres et de caste marchande ) d'Afrique du Sud inverse le rapport de forces avec les Britanniques. La lutte pour l'indépendance   Gandhi choisit en effet d'utiliser deux «armes » de type culturel : en jouant sur l'image traditionnelle du saint, il rassemble les masses qu'un débat politique occidentalisé ne pouvait mobiliser et, en fondant son action sur la non-violence, il place les Britanniques dans une position moralement inacceptable, ce qui lui confère la position dominante de mahatma («grande âme ») au sein du Congrès. Le mouvement de lutte pour l'indépendance va dès lors se dérouler en trois phases : désobéissance civile, de 1919 à 1922 (grève générale, mouvement de non-coopération, destruction des cotonnades britanniques ); négociation, de 1930 à 1940 (l'aile gauche du Congrès réclame l'indépendance ; les conséquences de la crise de 1929 et le succès de «la marche du sel », en 1930, placent Gandhi en position de négociateur lors de la conférence de la Table ronde en 1930 -1931 ); jeûne de Gandhi en 1932 (qui réussit à faire abandonner le projet constitutionnel prévoyant d'instituer des régimes électoraux séparés pour les musulmans, les intouchables et les sikhs ) et réforme de 1935 (qui «crée » 30 millions d'électeurs ). Devant le succès du Congrès, les autres mouvements se radicalisent.  Chronologie (1947): Indépendance de l'Inde Tentative d'assassinat du Mahâtma Gandhi à Delhi (1948) La guerre place les nationalistes indiens en position de force : Gandhi rejette la proposition d'indépendance par étapes et, le 8 août 1942, le Congrès lance le mouvement «Quit India » (il durera jusqu'en 1945 ): les dirigeants du Congrès sont emprisonnés pour avoir refusé de soutenir l'effort de guerre. Aux catastrophes agricoles (la famine de 1943, au Bengale, fait 2 à 3 millions de morts ) répond désormais une violence politique incontrôlée. En 1945, décidés à quitter l'Inde, les Britanniques doivent résoudre la question musulmane. Si la Ligue musulmane a initialement soutenu le Congrès, l'émergence d'un concept de nation musulmane, au début des années 1930, a répondu à l'«hindouisation » du Congrès. En 1947, la Grande-Bretagne accorde l'indépendance. Malgré l'action de Nehru et les jeûnes de Gandhi, lord Mountbatten divise le subcontinent en deux : le Pakistan (occidental et oriental ), qui rassemble les provinces à majorité musulmane, et l'Inde. La partition, effectuée sur fond de massacres et de guerre civile, fera 10 millions de réfugiés, sans pour autant régler la question : un tiers des musulmans resteront sur le sol indien. Assassiné en 1948 par un intégriste hindou, Gandhi en paiera symboliquement le prix. L'Union indienne  Le statut de certains États princiers pose problème : le Cachemire, à souverain hindou mais à population musulmane ; Hyderabad et Junagadh, à souverain musulman mais à population hindoue. Si l'armée indienne s'empare sans difficulté de Hyderabad et de Junagadh, il en va différemment du Cachemire, où les districts musulmans se révoltent contre le maharadjah Hari Singh, lequel fait appel à l'Inde. Il s'ensuit une première guerre indo-pakistanaise, de 1947 à 1949, puis le rattachement sans référendum (en dépit des accords de l'ONU ) du Cachemire à l'Inde, en 1956. L'Inde récupère ensuite les dernières enclaves coloniales : la France cède ses comptoirs en 1954, le Portugal en 1961 (par la force ). Une fois les problèmes territoriaux réglés, l'évolution de l'Union indienne, «la plus grande démocratie du monde », sera dominée par deux problèmes : l'un politique (gestion du pluralisme ethnoculturel ), l'autre économique (choix d'un modèle de développement ). Les années Nehru (1948 -1964 )  Malgré un réel multipartisme, le Congrès conserve une position dominante. Si, par le remodelage des États sur une base ethnolinguistique (Assam, Pendjab ), les autorités cherchent à créer des entités culturellement viables, le fédéralisme reste pondéré par des dispositions qui permettent au gouvernement central, en cas de crise grave, de donner toutes directives aux autorités provinciales. Agnostique, le brahmane qu'est Nehru abolit, en 1950, le régime des castes, au nom d'une laïcité paradoxalement incompatible avec une culture qui donne la priorité au religieux. Il cherche à concilier croissance économique et répartition des richesses, en lançant une réforme agraire et en réservant certains secteurs économiques aux entreprises d'État. Le résultat sera une progression régulière du PIB, de l'ordre de 3 à 4 % par an, légèrement supérieure à la croissance démographique.  Tout en restant dans le Commonwealth, Nehru cherche à donner à l'Inde un rôle international. Il élabore un neutralisme tiers-mondiste, qui lui permet de prendre la direction du mouvement afro-asiatique (conférence de Bandung en 1955 ) et jette les bases du mouvement des non-alignés. Son panasiatisme le conduit à un rapprochement avec l'URSS et la Chine (accords de 1954 sur le Tibet, proclamation des cinq principes de la coexistence pacifique ). Cependant, un conflit frontalier avec la Chine (l'est du Cachemire est revendiqué par Pékin ), en 1962, débouchera sur la défaite militaire de l'Inde. La mort de Nehru, en 1964, ne fera qu'ajouter un problème supplémentaire à une Inde empêtrée dans des conflits frontaliers (seconde guerre avec le Pakistan ). À la mort du Premier ministre Shastri, en 1966, la fille de Nehru, Indira Gandhi, réussit non sans mal à rassembler le Congrès. L'ère d'Indira Gandhi (1966 -1984 )   Pour trouver un allié de revers face au Pakistan (soutenu par les États-Unis ), Indira Gandhi signe, en 1971, un traité d'alliance avec l'URSS. La crise du Pakistan oriental – elle a provoqué le départ de 10 millions de réfugiés – conduit l'Inde à intervenir militairement en 1971 pour soutenir la création du Bangladesh. Ces succès s'accompagnent de l'entrée de l'Inde dans le club des puissances nucléaires en mai 1974. Si Indira Gandhi semble avoir réussi en termes de politique étrangère, elle échouera toutefois en politique intérieure. Elle se trouve en effet menacée par l'éclatement du Congrès en 1969 : l'aile droite (Old Congress ), conduite par le conservateur Morarji Desai, s'oppose désormais au nouveau Congrès. Pour renforcer sa position, elle mène une double stratégie. Elle cherche d'une part à élargir sa base et pousse le Congrès à s'appuyer sur les paysans riches et la grande bourgeoisie : abolition des privilèges princiers, nationalisation des banques et des compagnies d'assurances, réforme agraire (d'où le ralentissement de la croissance économique entre 1970 et 1980 ), ces mesures étant prises au nom du «socialisme » (inscrit dans la Constitution en 1976 ). D'autre part, elle cherche à neutraliser l'opposition interne au Congrès. Pour éliminer les rivaux à l'intérieur de son propre parti, Indira Gandhi s'appuie sur les autres partis, communistes et communalistes (les Tamouls du DMK et les sikhs de l'Akali Dal ). Lorsqu'en 1972 se déclenche une forte opposition «de gauche » et que le pouvoir judiciaire va jusqu'à invalider les élections de 1971, Indira Gandhi utilise les pouvoirs que lui donne la Constitution : elle proclame l'état d'urgence et fait arrêter 35 000 membres de l'opposition. Elle déclenche ainsi une crise majeure, qui se termine par la défaite du Congrès en 1977. Après l'intermède de Morarji Desai et de Charan Singh, le vide politique permet, néanmoins, sa réélection en 1980. La leçon n'a pas porté : Indira Gandhi accélère la déstabilisation du Pendjab, ce qui aboutit à l'attaque, en juin 1983, du temple d'Amritsar où sont réfugiés des séparatistes sikhs, et provoque en définitive son assassinat en octobre 1984. L'ouverture  Sans expérience politique, son fils Rajiv lui succède à la tête du parti et du gouvernement. Il cherche à moderniser l'ensemble du système politicoéconomique, et la croissance devient, pour la première fois, l'objectif prioritaire : parité entre secteurs public et privé, ouverture de vingt-sept secteurs aux investissements privés, augmentation des licences d'importation. Grâce à un réel essor industriel, il réalise son objectif d'une croissance de 5 % par an. Par contre, il ne parvient pas à restaurer les consensus politiques : les émeutes se multiplient, et la tension monte au Pendjab et au Tamil Nadu. Le Congrès perd des sièges, et Rajiv Gandhi, attaqué pour corruption, démissionne en 1989. Vishwanath Pratap Singh, leader du Janata Dal (une des coalitions de l'opposition ), lui succède. Fragilisé par l'aggravation des tensions au Cachemire, il cherche à renforcer sa base politique en augmentant les quotas réservés aux basses castes et aux tribaux dans la fonction publique et les universités. Singh déclenche ainsi une crise politique et démissionne en novembre 1990. Chandra Sekhar lui succède mais démissionne en 1991. Rajiv Gandhi est assassiné, le 22 mai 1991, par des extrémistes tamouls. Le nouveau Premier ministre, Narasimha Rao, lance alors une politique d'ouverture aux investissements étrangers visant à réinsérer l'Inde dans la compétition mondiale. Mais les émeutes de décembre 1992, qui culminent avec la destruction de la mosquée d'Ayodhya, entraînent en 1993 une flambée de violence religieuse, qui contribue à l'affaiblissement du Congrès et se traduit par l'ascension du Bharatiya Janata Party, une formation hindouiste radicale. Le BJP, allié au Shivsena, un mouvement régionaliste extrémiste, prend le contrôle, en 1995, du Maharashtra, l'État qui abrite Bombay. Puis le parti du Congrès enregistre une défaite historique en mai 1996, avant que la crise d'avril 1997 ne montre qu'il reste encore une force politique incontournable : en effet, le Premier ministre, Inder Kumar Gujral, ne peut former un nouveau gouvernement qu'avec le soutien du grand parti. La libéralisation de l'économie a mis l'Inde au premier rang des «bons élèves » du Fonds monétaire international, avec une croissance qui continue à se maintenir autour de 5 % par an en 1995. Mais les infrastructures demeurent inadaptées ; la dette de l'Inde en fait le troisième débiteur mondial derrière le Mexique et le Brésil ; enfin, si on estime que le marché indien compte entre cent et deux cents millions de consommateurs solvables potentiels, il demeure une masse formidable de déshérités sans perspective réelle de réussite économique. Le refus de l'Inde, en 1996, de signer le traité d'interdiction des armes nucléaires (CTBT ), puis l'arrivée au pouvoir, en 1998, du parti ultranationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP ) et les déclarations guerrières du gouvernement d'Atal Behari Vajpayee contre le Pakistan et contre la Chine, suivies de plusieurs essais nucléaires souterrains (mai 1998 ), déclenchent une vif regain de la tension internationale dans la région. Au début de l'année 1999, le massacre par des extrémistes, d'un missionnaire et de ses deux fils, suivi de celui de 35 membres de hautes castes dans l'État du Bihar, sont largement désapprouvés par la communauté internationale et provoquent de nouveaux mouvements de contestation des ultra nationalistes, qui reprochent au Premier ministre son manque de fermeté. Une nouvelle surenchère d'essais nucléaires avec le Pakistan (avril ) accentue plus encore le malaise politique général, qui débouche sur un vote de sanction des députés indiens et le renversement du gouvernement, au pouvoir depuis treize mois. Ainsi, pour la cinquième fois en moins de trois ans, l'Inde est privée de gouvernement. Face à l'incapacité de l'opposition à former un nouveau gouvernement de coalition, le président Kocheril Raman Narayanan prononce la dissolution de la Chambre des députés et appelle à de nouvelles élections générales avant la fin du premier semestre.                             
                                                
 
  État et institutions  
L'Union indienne présente le visage d'une république fédérale aux institutions inspirées du modèle britannique. Le véritable problème reste toutefois celui de la gestion d'une société polycentrique composée de communautés parfois antagonistes. La structure fédérale de l'Inde cherche donc à concilier deux objectifs. D'une part, administrer la diversité (seize langues officielles, une dizaine de religions ): les vingt-cinq États et les six territoires de l'Union sont le fruit d'un redécoupage de l'espace selon une grille ethnico-religieuse. Si la famille reste régie par un droit coutumier d'ordre religieux, l'État conserve une laïcité théorique aux seules fins de gérer la pluralité des cultes. D'autre part, le législateur cherchait à éviter la reconstitution d'États autonomes ; le fédéralisme indien est modéré : en cas d'urgence, l'article 352 autorise le gouvernement central à donner toute directive à un État membre, et, en cas de crise grave, l'article 356 permet au président de la République d'assumer tout ou partie du gouvernement d'un État. Le système indien fonctionne sur la base d'un «saupoudrage » communaliste qui répartit les postes selon une logique de réseaux de clientèles et de clans familiaux. 
 
 
Société   
L'Inde doit une grande partie de ses caractères culturels et sociaux à la domination numérique des fidèles de l'hindouisme. Profondément enracinée dans le passé de la région, cette religion sert de fondement théorique au système des castes. Cependant, les musulmans, bien que minoritaires, sont suffisamment nombreux pour faire de l'Inde un des premiers pays du monde par l'importance de sa population islamique (11,4 % seulement des Indiens, mais près de 100 millions de pratiquants ). La coexistence de groupes définis par la religion, la caste, l'appartenance linguistique ou régionale n'est pas toujours facile. On a recherché les éléments d'une solution à ces problèmes dans la dénonciation du «communalisme », dans l'institution d'un État fédéral, qui se veut laïc et admet un système de droit civil souple. Mais les violences entre communautés, fréquentes, constituent une menace croissante pour la stabilité du pays. La domination de l'hindouisme  L'hindouisme est le résultat de l'évolution du védisme – fondé sur un énorme corpus de textes sacrés, les Vedas –, religion des populations aryennes arrivées en Inde au cours du Ier millénaire avant notre ère. L'hindouisme repose sur un certain nombre de concepts de base. Le dharma est à la fois l'ordre du monde et un ensemble d'obligations qui s'imposent à tout hindou ; son respect maintient l'ordre cosmique. Le principe individuel de chaque être (atman ) passe d'une forme corporelle dans une autre au cours d'une série de transmigrations (samsara ). La renaissance dans telle ou telle forme dépend de la façon dont l'individu s'est comporté au cours de ses vies antérieures et surtout du respect qu'il a montré envers le dharma. Ce respect est le plus élevé des «buts de l'homme », bien que soient reconnus l'enrichissement matériel et la satisfaction des sens. Il est possible d'échapper au cycle des renaissances par une vie pure, notamment par la pratique du renoncement, qui permet d'atteindre le «salut » (moksa ).  Les formes du sacré dans l'hindouisme sont très variées, ce qui multiplie les lieux de culte ; on compte, en outre, un très grand nombre de dieux, dont quelques-uns prennent, de surcroît, des formes multiples (avatara ). Un certain ordre se dégage dans cette variété. On distingue souvent une trilogie fondamentale : Brahma (qui représente l'unité fondamentale, l'absolu ), Vishnu (dieu créateur solaire ) et Çiva (à qui sont liées des notions de destruction et de violence ). Brahma n'est pas l'objet d'un culte particulier – un seul temple lui est d'ailleurs consacré dans tout le subcontinent. Les hindous rendent donc un culte à Vishnu ou à Çiva – une distinction fondamentale oppose les sectes vishnouites et çivaïtes –, y compris leurs nombreux avatars, telles les déesses Parvati, Durga ou Kali. Il s'y ajoute des dévotions à d'innombrables dieux secondaires et à des divinités familiales, objets de cultes domestiques.  La pratique religieuse se traduit par la récitation quotidienne de formules, les cérémonies d'offrandes aux dieux (puja ), la visite aux temples, la méditation, la participation à de grands pèlerinages. Elle varie en fonction de la secte et de la région, bien qu'il existe un certain nombre de fêtes communes, à l'image du nouvel an lunaire (avril -). Fêtes et cérémonies collectives exigent l'intervention de prêtres (brahmanes ), malgré l'absence de clergé organisé, de structure centralisée, de dogme ou d'orthodoxie. La vision du monde qu'ont les hindous accorde une grande importance aux notions de pureté et de pollution. De nombreux contacts, notamment avec les cadavres et les excréments, voire avec certaines parties du corps comme les ongles et les cheveux, sont jugés «polluants ». Il en résulte une hiérarchie des activités selon le degré de pureté qui leur est attaché : c'est ce qui constitue la base du système des castes. Le respect du dharma impose à chacun des obligations qui diffèrent en fonction de la varna ou de la jati à laquelle il appartient. Les membres des varna supérieures doivent s'abstenir de toute activité polluante ; ces activités ne peuvent être pratiquées que par des membres des varna inférieures, ou par les intouchables. Cet ensemble d'obligations crée une série de liens mutuels : les brahmanes, par exemple, ne peuvent se passer de l'intervention de barbiers, de blanchisseurs ou encore de tanneurs. Or ceux -ci ont à leur tour besoin des brahmanes à l'occasion de certaines cérémonies, comme les mariages ou les rites mortuaires. La conception de la caste est donc profondément liée aux principes de base de l'hindouisme. Les religions minoritaires  Les musulmans, à très grande majorité sunnites, constituent la minorité religieuse la plus importante. L'Inde du Nord a été périodiquement envahie par des populations islamisées, arabes, et par des groupes qui avaient subi une profonde influence persane. Les conversions dans cette région fréquemment placée sous tutelle musulmane ont été nombreuses. Elles ont été plus rares dans l'Inde du Sud, où l'islam a surtout été apporté par des marchands. C'est ainsi que les musulmans sont actuellement nombreux dans l'Inde du Nord, où ils sont toutefois moins bien intégrés que dans le Sud. Si la lecture du Coran se fait toujours en arabe, une grande partie de la littérature classique est rédigée en persan. Dans la vie quotidienne, les musulmans utilisent des langues locales. L'ourdou, par exemple, est très proche du hindi, mais s'écrit avec un alphabet arabo-persan. Les autres minorités correspondent surtout à des religions autochtones, souvent proches de l'hindouisme par leurs concepts fondamentaux. Le bouddhisme, né en Inde, en a pratiquement disparu pendant les premiers siècles de notre ère. Des membres des varna inférieures ou des intouchables se sont assez massivement convertis au bouddhisme au cours de ces dernières décennies ; cette religion refuse le système des castes tout en comportant un certain nombre de traits communs avec l'hindouisme. Le jaïnisme est, lui aussi, d'origine ancienne. Il insiste sur la non-violence, le respect de la vie et les pratiques ascétiques. C'est avant tout une religion «urbaine », surtout implantée dans la partie occidentale du sous-continent. Le sikhisme, beaucoup plus récent (XVIe siècle ), se présente comme un syncrétisme retenant un certain nombre de principes de l'hindouisme et de l'islam. Bien que non violents à l'origine, les sikhs ont été amenés, par suite de persécutions continues, à développer de réelles qualités militaires (ils jouent un rôle important dans l'armée et la police ). Ils sont concentrés au Pendjab, que certains d'entre eux voudraient transformer en un État indépendant. Les parsis et les chrétiens forment de petites minorités. Les parsis sont les derniers représentants du zoroastrisme persan. On les trouve surtout dans le nord-ouest de l'Inde, notamment à Bombay. Les missionnaires, dont l'action a été favorisée par la période coloniale, sont à l'origine de conversions au christianisme dans les régions où les contacts avec l'Occident ont été particulièrement anciens (Kerala ) et dans celles où l'importance des populations «tribales », animistes, ne pouvait constituer de véritable résistance. Les minorités religieuses se sont caractérisées par leur ouverture particulière aux formes de l'économie moderne, si bien que leur rôle économique est disproportionné par rapport à leur effectif. Les jaïns et les parsis ont exercé une action décisive dans le développement industriel de la région de Bombay. Il est vraisemblable que l'essor de l'agriculture au Pendjab soit dû, en partie, à l'esprit d'entreprise des sikhs. Castes et classes sociales  Les rapports entre castes et classes sociales demeurent relativement évidents dans la société villageoise. Le village indien comprend souvent une ou deux jati, qui appartiennent à des varna intermédiaires et sont classées en position moyenne dans la hiérarchie traditionnelle. Leurs membres, qui possèdent la plus grande partie du sol, forment la majorité des propriétaires-cultivateurs («jati dominantes »). À côté se retrouvent les membres de toute une série de jati spécialisées. Parmi les quelques familles qui les représentent se distinguent nettement la ou les jati de brahmanes, qui interviennent dans les cérémonies, et les jati artisanales, souvent classées dans la varna des sudra. Elles exercent des activités «modérément » polluantes (travail du bois, traitement des produits agricoles ). La société villageoise ne pourrait fonctionner sans une masse assez importante de harijan, qui sont spécialisés dans les tâches les plus polluantes : ramassage des cadavres et des excréments, tannage du cuir (ils remplissent aussi parfois les fonctions de blanchisseur et de barbier ). C'est dans ces jati, dont les effectifs sont souvent nombreux, que se recrute la très grande majorité des ouvriers agricoles. L'évolution économique de l'Inde a modifié la société villageoise. La paysannerie moyenne, qui détient des droits permanents sur des exploitations rentables, a su profiter des mesures prises en faveur du développement agricole. Des activités non agricoles se sont, en outre, implantées dans les villages. Si les jati paysannes dominantes ont souvent bénéficié de cette évolution, on a pu observer des réussites spectaculaires de groupes jusqu'ici placés assez bas dans la hiérarchie traditionnelle (jati artisanales ), voire parfois des harijan. Dans certaines régions, comme dans l'État du Bihar, ces changements se sont heurtés à des réactions violentes de la part des puissants traditionnels – propriétaires non cultivateurs, membres des castes supérieures –, qui eurent recours à des hommes de main pour défendre l'ordre ancien. Les rapports entre classes et castes sont plus complexes dans les villes. Les fonctions artisanales et commerciales sont encore largement situées dans le cadre des structures anciennes. Les ouvriers permanents de la grande industrie bénéficient d'un niveau de vie relativement correct. Traditionnellement, la bureaucratie, qui joue un rôle important dans la vie politique et sociale de l'Inde, attirait les brahmanes, dont le quasi-monopole des emplois dans l'administration est de plus en plus remis en cause. Au lendemain de l'in
dépendance, une série de lois réservèrent un certain nombre de places dans les écoles, les universités et le secteur public aux couches les plus défavorisées de la société traditionnelle, qualifiées de «castes enregistrées » (scheduled castes ). Le gouvernement, depuis la fin des années 1980, a eu tendance à élargir l'éventail des postes réservés à de nouvelles castes appartenant à la partie moyenne de la hiérarchie traditionnelle («autres castes arriérées », autrement dit «autres que les castes enregistrées »). Cette question déchire profondément l'Inde et contribue à la déstabilisation de la société et de la vie politique. Conflits et compromis  La diversité sociale, religieuse et linguistique de l'Inde n'a pas empêché une relative stabilité dans le fonctionnement du système politique. Les groupes religieux minoritaires, considérés comme des castes, ont été intégrés dans le système dominant. Le cadre légal de la coexistence des Indiens a été fourni par la structure fédérale de l'Union et surtout par la conception d'un État laïc qui place toutes les religions sur un pied d'égalité ; le Code civil, en outre, tolère des pratiques différentes en matière de mariage et de succession suivant les appartenances religieuses des citoyens. Cependant, les conflits entre «communautés » n'ont jamais disparu. Des explosions de violence se produisent épisodiquement et tendent à s'accentuer ces dernières années. Des groupes socioculturels concentrés dans certaines régions réclament soit la constitution de nouveaux États, soit une plus grande autonomie, à l'exemple des sikhs du Pendjab. Les conflits majeurs opposent actuellement les musulmans aux hindous. Dans ces deux communautés, les mouvements extrémistes, voire intégristes chez les musulmans, gagnent de plus en plus en influence. Un sentiment de frustration de beaucoup de jeunes, notamment ceux des castes supérieures, se fait jour ; ils considèrent que les mesures de protection dont ont bénéficié les autres groupes, notamment les musulmans, sont trop étendues. Mais la spirale de la violence va parfois très loin, comme l'attestent les tueries qui ont suivi la destruction par des hindous de la mosquée d'Ayodhya, construite sur un haut lieu du culte de Rama. La vie quotidienne  Les valeurs traditionnelles marquent encore largement la vie quotidienne des Indiens, tout particulièrement dans le domaine de la famille. La «famille étendue », où coexistent sous un même toit plusieurs générations (les fils et leurs femmes restant au foyer paternel ), tend pourtant à disparaître en milieu urbain. Le mariage, au sein de la jati, reste très traditionnel ; la cérémonie est arrangée par les parents, après consultation d'un astrologue. La célébration des cérémonies religieuses, notamment des grandes fêtes, est observée avec beaucoup d'attention.
                                
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