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Le Festival Folklorique de Montoire,
c'est bien. Voir ces "ambassadeurs" de cultures quelquefois
lointaines, c'est très bien. Les rencontrer, leur parler pendant
ces quelques jours de festival, c'est très très bien. Si en
plus vous retenez quelques unes des informations qui suivent, ils seront
fiers des connaissances que vous avez de leurs pays respectifs.
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RUSSIE
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- Nation millénaire,
la Russie a cherché son territoire pendant des siècles.
Sa géographie est perpétuellement à refaire, chaque
fois dans un contexte historique nouveau. Mosaïque de principautés,
cœur de l'empire des tsars aux limites sans cesse repoussées
puis de l'Union des républiques socialistes soviétiques
(URSS ), la Russie est depuis 1992 la Fédération de Russie,
héritière dans ses frontières de la République
socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR
).
- La reconversion d'un système
économique en faillite a un coût social très élevé,
la perte des repères familiers a engendré une crise de
la société sans précédent. La Fédération
même est menacée dans son intégrité par les
volontés d'indépendance qui se font sentir, à l'exemple
de la Tchétchénie ou du Tatarstan. La Russie de la fin
du XXe siècle est un État à reconstruire et à
recomposer.
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Géographie
physique
- Avec une superficie de 17 075
400 km² (31 fois la France ), la fédération de Russie
demeure,, le plus vaste État du monde ; c'est aussi l'un des
rares pays dont le territoire soit à cheval sur deux continents,
pour un quart en Europe, pour les trois quarts en Asie.
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- Relief et hydrographie
- L'immensité et la platitude,
voilà ce qui caractérise le relief de la Russie, généralement
qualifié de «monotone ». Ce gigantesque
espace s'étire sur 10 000 km de la mer Baltique à l'ouest
à l'océan Pacifique à l'est, et sur 3 000 km de l'océan
glacial Arctique au nord à la mer Caspienne au sud. Le territoire
est constitué d'une succession d'immenses plaines et plateaux bordés
au sud et à l'est par des chaînes de montagnes de haute altitude,
respectivement le Caucase et les chaînes montagneuses d'Extrême-Orient
; considérée comme la frontière naturelle entre l'Europe
et l'Asie, la chaîne de l'Oural, en revanche, constitue une ligne
au relief peu accentué.
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- La Russie d'Europe
- Situé à l'ouest de
l'Oural, le territoire de la Russie d'Europe est une vaste plaine dont l'altitude
moyenne est inférieure à 200 m. La plaine russe forme en fait
une succession de glacis à pente insensible, confondus habituellement
sous le nom de «table russe ». On rencontre cependant quelques
hauteurs comme les monts de Khibiny (1 191 m ), situés dans la presqu'île
de Kola ou le plateau des Valdaï (343 m au mont Kamenik ), dans la
région de Moscou, sorte de château d'eau de la plaine européenne
puisque la Dvina occidentale, le Dniepr et la Volga y prennent leur source.
Plus long fleuve d'Europe, tributaire de la mer Caspienne, la Volga (3 531
km ), avec ses deux affluents principaux, la Kama et l'Oka, arrose la partie
orientale de la plaine. La région est bordée à l'est
par l'Oural, massif qui marque sur plus de 2 000 km la limite entre la Russie
d'Europe et la Sibérie. Ses alignements de rides héritées
de plissements de l'époque primaire, qui se tiennent entre 1 500
et 1 800 m d'altitude, culminent au mont Narodnaïa (1 894 m ). Particulièrement
riche en ressources minérales, surtout dans ses parties centrale
et méridionale, l'Oural est l'une des grandes régions industrielles
de la Russie.
- Irriguée par le Don (1 870
km ), la partie méridionale de la Russie, bordée à
l'ouest par la mer d'Azov et à l'est par la mer Caspienne, possède
des sols de terres noires particulièrement fertiles (tchernozem ).
Elle est limitée au sud par le Caucase, complexe de chaînes
volcaniques associé aux domaines orogéniques récents
de l'Asie occidentale, encore fréquement sujet aux tremblements de
terre. À l'extrême sud, le Grand Caucase, qui marque la frontière
avec la Géorgie et l'Azerbaïdjan, culmine à l'Elbrouz
(5 642 m ). Région difficilement pénétrable, il est
creusé de petites vallées transversales, sans communication
les unes avec les autres, sillonnées de fleuves qui vont se jeter
dans l'avant-pays caucasien, la Ciscaucasie, un vaste plateau encadré
par le Terek, tributaire de la mer Caspienne, et le Kouban qui coule vers
la mer Noire. Bordée par la mer Blanche et la mer de Barents, dépendances
de l'océan glacial Arctique, la partie nord de la plaine russe est
une zone mal drainée, qui compte plusieurs lacs hérités
des glaciations de l'ère quaternaire, comme le lac Ladoga, le plus
grand d'Europe (18 400 km² ) et le lac Onega (9 900 km² ).
-
La Sibérie et
l'Extrême-Orient russe
- À l'est de l'Oural, la plaine
de Sibérie occidentale, zone de basses terres, couverte de lacs et
de marécages, s'étend sur plus de 2 000 km, jusqu'à
l'océan glacial Arctique (mer de Kara ); elle est principalement
arrosée par l'Ob (3 700 km ) et son affluent, l'Irtych. Au-delà
de l'Ienisseï (3 487 km ), le vaste plateau de Sibérie centrale,
d'une altitude variant de 300 à 1 200 m, s'étire de l'océan
glacial Arctique (mer des Laptev ) aux hautes montagnes de l'Altaï
(4 506 m au mont Beloukha ) et aux monts Sayan (3 491 m au Mounkou Sardyk
), chaînes qui marquent la frontière avec la Mongolie. Très
riche en gisements minéraux, la région abrite aussi le lac
Baïkal (31 685 km² ), la plus vaste réserve d'eau douce
de la planète.
- À l'est de la Lena (4 400
km ), du détroit de Béring au nord-est à la mer du
Japon au sud-est, l'Extrême-Orient russe forme une région montagneuse,
encadrée par les monts de la Kolyma (1 962 m ) au nord, les monts
Tcherski (3 147 m ) et de Verkhoïansk (2 389 m ) au centre, les monts
Stanovoï (2 999 m ) et Djougjour (1 906 m ) à l'est, les monts
Iablonoyï (1 680 m ) au sud-ouest, les monts Sikhote-Aline (2 077 m
) au sud-est. Principal fleuve de la région, l'Amour (4 354 km )
indique la frontière avec la Chine (Mandchourie ). Au nord-est, la
péninsule du Kamtchatka, zone montagneuse (monts Koriakski, 4 750
m ) et hautement sismique, s'avance entre la mer de Béring et la
mer d'Okhotsk. Dans le prolongement, les îles Kouriles sont baignées
à l'est par l'océan Pacifique, limite orientale du territoire
de la Fédération de Russie.
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Climat
- Dans l'ensemble de plaines et de
bas plateaux qui va de la Pologne à l'Oural, et, au-delà,
en Sibérie et en Extrême-Orient, des mers glacées aux
pêcheries d'esturgeons de la Caspienne, ce ne sont ni le relief ni
même la topographie qui individualisent les ensembles géographiques.
Le climat et, sous son influence, la répartition de la végétation
naturelle, se chargent ici d'opérer des distinctions. Sa description
tient en deux mots : continentalité et zonalité, le premier
projetant l'image d'hivers longs et froids, d'été chauds et
courts, de saisons intermédaires réduites, le second celle
de la végétation naturelle et des péripéties
du peuplement.
- Le territoire russe s'étendant
du cercle polaire arctique au 45e parallèle, soit en avant du Caucase,
l'effet de latitude croise celui de la continentalité : au nord,
l'absence de reliefs marqués favorise la pénétration
des masses d'air froid, tandis que les chaînes montagneuses qui bordent
le pays au sud font barrage aux masses d'air tropical.
- La continentalité a pour
double effet de produire de fortes amplitudes thermiques et de diminuer
la somme des précipitations annuelles. La température moyenne
est inférieure à 0 °C pendant cinq mois sur l'ensemble
du territoire. Au nord, le littoral arctique, pris par les glaces durant
la majeure partie de l'année, subit un climat polaire. En Sibérie
et en Extrême-Orient, le climat, particulièrement rude, possède
un caractère hypercontinetal, et l'amplitude thermique est très
importante : à Verkhoïansk, dans le nord de la Sibérie,
on enregistre des températures moyennes de - 50,5 °C en janvier
et de 15 °C en juillet. La majeure partie de la Russie d'Europe, la
zone méridionale de la Sibérie occidentale et le sud-est de
la Russie extrême-orientale (région de Vladivostok ) connaissent
un climat continental modéré, localement adouci par les influences
de la mer Baltique et de l'océan Pacifique : à Moscou, il
fait en moyenne - 10 °C en janvier, 19 °C en juillet. Au sud, la
région de la mer Noire jouit d'un climat méditerranéen.
Le printemps, toujours bref, surgit de façon brutale ; la période
de la fonte des neiges alimente alors un lent écoulement de boue
qui arrêtait naguère toute circulation pendant deux à
trois semaines : c'est la raspoutitsa.
- Second effet de la continentalité,
on enregistre la progressive réduction des précipitations
d'ouest en est et du nord au sud : 650 mm par an à Saint-Pétersbourg,
moins de 500 mm à Moscou, moins de 200 mm à la tête
du delta de la Volga, 650 mm aux frontières de la Biélorussie
pour moins de 500 mm au pied de l'Oural, à la même latitude,
300 mm dans les régions arctiques, 200 mm à Iakoutsk en Sibérie
centrale, 400 mm dans la zone de la mer Caspienne. Si 90 % du territoire
reçoit en moyenne moins de 600 mm de pluie par an, les précipitations
restent suffisantes pour assurer une couverture de neige permanente de novembre
à la fin avril.
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Sols et végétation
- La végétation naturelle
identifie parfaitement les grands ensembles climatiques enregistrant les
effets combinés des variations de température et de la distribution
des précipitations.
- Des frimas du Nord aux brûlures
des rives de la mer Caspienne, les précipitations n'assurent qu'une
végétation assez pauvre et monotone par rapport à la
répartition des températures. Les formations végétales
se disposent en grandes bandes approximativement conformes à la disposition
de parallèles. Au nord, le désert froid
est piqueté de touffes de plantes fragiles. Il est tapissé
des mousses de la toundra, formation végétale qui permet la
vie pendant seulement quelques semaines en été, lorsque le
sol, profondément gelé en permance (merzlota ), connaît
un dégel superficiel. Au sud, les arbres s'aventurent progressivement
avant de s'imposer pour constituer une masse dominée par les conifères
: c'est le domaine de la taïga, immense forêt boréale
qui s'étend du nord de la Russie d'Europe à l'Extrême-Orient
; parsemés de marécages, les sols restent pauvres : ce sont
des sols gris, les podzols. Au-delà, enrichie de bouleaux et de peupliers,
la forêt devient mixte. Sur le 60e parallèle, à Saint-Pétersbourg,
et plus au sud dans le bassin de la Volga, la forêt de feuillus s'associe
aux peuplements de conifères (sapins, mélèzes ), de
chênes et de charmes ; elle domine dans la partie orientale de la
plaine européenne et dans le sud de l'Extrême-Orient russe.
Les sols passent du gris cendré au brun, les clairières sont
plus fréquentes, entourant généralement des marais
ou des étangs.
- Au sud s'étendent des horizons
illimités, sans arbres jusqu'aux hasardeuses plantations de «coupe-vent
», le long des fleuves et des rivières : c'est la steppe, du
russe step, qui désigne une étendue couverte d'herbes et de
graminées, dont le sol poudreux, de couleur sombre, le tchernozem,
est le trésor de l'agriculture. Plus loin, en approchant de la mer
Caspienne, l'herbe sèche dès le début de l'été,
les sels remontent à la surface d'un sol qui devient blanchâtre
; on perçoit les caractéristiques du semi-désert conduisant
à la mer d'Aral, en perdition. Au sud-ouest, la douceur des rivages
de la mer Noire a permis le développement d'une végétation
de type méditerranéen et de cultures subtropicales (vigne,
agrumes, thé ).
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- Ressources naturelles
et environnement
- La Russie possède des ressources
naturelles à la mesure de son gigantesque territoire : des terres
parmi les plus fertiles (tchernozem ), un quart des réserves mondiales
de bois, un immense potentiel hydraulique mis au service de l'irrigation
et de la production d'électricité, des ressources minérales
presque infinies (un tiers des réserves mondiales de charbon, les
premières réserves mondiales de gaz naturel, les huitièmes
de pétrole, de l'or, du minerai de fer, du nickel, du manganèse,
du plomb, de l'étain, de l'argent, du mercure, etc.). Cependant,
l'exploitation de ces richesses, localisées pour l'essentiel en Sibérie
et en Extrême-Orient, se révèle difficile en raison
des distances et du climat rigoureux qui handicape les transports, terrestres
ou maritimes, et retarde la mise en valeur de ces régions La Russie
se trouve pourtant aujourd'hui face à un bilan écologique
désastreux : l'immensité du territoire, l'importance des ressources
et les impératifs de la productivité ont conduit les autorités
soviétiques à mettre en œuvre des programmes d'exploitation
et d'industrialisation sans se soucier de l'environnement. Des équipements
et des infrastructures obsolètes, des sol, des eaux et un air pollués
en sont le résultat. L'accident de la centrale nucléaire de
Tchernobyl en Ukraine (1987 ) ou l'assèchement de la mer d'Aral située
entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan actuels en sont les exemples
les plus dramatiques ; à la fin des années 1980, le gouvernement
soviétique considérait qu'un habitant sur 5, et près
de 1 sur 2 en milieu urbain, vivait dans des zones «sinistrées
» représentant 1 /5e du territoire. Héritière
d'un territoire en danger, la Fédération de Russie tarde encore
à mettre en place une véritable politique de l'environnement
: dans un pays en pleine mutation, la protection des ressources naturelles
demeure un objectif secondaire.
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Population Démographie
- En 1998, on estimait à 146,9
millions d'habitants la population de la Fédération de la
Russie (6e rang mondial ). L'austérité du milieu et les conditions
historiques discontinues du peuplement ont contribué à rendre
la Russie beaucoup moins densément peuplée que l'Europe occidentale
et l'Europe centrale. La densité est de 8,6 h./km² [estimation
1998 ], chiffre qui masque de grandes inégalités de répartition
: pour 25 h./km² et 77 % de la population totale en Russie d'Europe,
on compte moins de 1 h./km² en Sibérie orientale ou en Russie
extrême-orientale. Si le taux de natalité chez les populations
russes est bas depuis les années 1960, du moins la vitalité
démographique de l'URSS était -elle assurée par le
dynamisme des populations musulmanes qui font aujourd'hui partie d'États
indépendants (Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan,
etc.): la population de la Fédération de Russie vieillit,
enregistrant depuis le début des années 1990 un taux d'accroissement
naturel annuel négatif (- 0,5 %) [estimation 1997 ] ; le seuil de
renouvellement n'est plus atteint. Les bouleversements politiques, économiques
et sociaux consécutifs à la dissolution de l'Union soviétique
ne sont évidemment pas étrangers à ce phénomène,
mais il faut également prendre en compte le fait que le pays enregistre
un taux de mortalité plus élevé que celui des États
occidentaux (14 ‰) [estimation 1997 ]. La désintégration de
l'URSS a posé le problème des 25 millions de Russes qui vivaient
dans les républiques soviétiques (dont 11 millions en Ukraine
et 6 millions au Kazakhstan ), devenues à partir de 1991, des États
indépendants. Pour beaucoup d'entre eux, désormais considérés
comme des étrangers dans ce qui avait été jusqu'alors
leur pays, l'heure du départ avait sonné : ils sont nombreux
à avoir choisi de regagner la Fédération, la plupart
du temps dans des conditions très difficiles. Ce drame humain a contribué
à rendre positif le solde migratoire de la Russie, sans réussir
toutefois à infléchir le taux négatif d'accroissement
naturel. Le peuplement de l'espace La stabilisation de la population
au cours de longues périodes d'insécurité s'est produite
à l'époque moderne, du XVIe au XVIIIe siècle, à
la lisière méridionale de la forêt, sur des terres de
clairières pouvant fournir du grain et nourrir le bétail de
part et d'autre du 55e parallèle, à la latitude du Danemark
et du nord de l'Allemagne. Au nord, le climat et les sols apparaissaient
trop ingrats ; au sud, la stabilité du peuplement s'avéra
impossible jusqu'à l'époque des régimes de protection
militaire des XVIIIe et XIXe siècles. L'occupation de l'ensemble
des terres habitables se fit tardivement pour des raisons politiques plus
encore qu'économiques. Les tsars poussèrent les fronts de
colonisation vers l'Asie, en Sibérie, autant que vers le Caucase,
en avant duquel une zone d'aridité limitait les possibilités
agricoles. Le domaine privilégié fut celui du tchernozem,
partagé avec l'Ukraine, il est vrai plus favorisée sur ce
plan. L'absence de grande voie de passage, en dehors de la vallée
de la Volga, ne permit pas de fixer de «carrefour » comparable
aux sites des métropoles d'Europe centrale et d'Europe occidentale.
La concentration politique aidant, Moscou resta longtemps la seule capitale
de l'intérieur, jusqu'à ce que Pierre le Grand imposa la résidence
de la Couronne sur la Baltique, face à l'un des ennemis les plus
tenaces, la Suède. Mais construire sa nouvelle capitale à
Saint-Pétersbourg, au fond du golfe de Finlande, revenait aussi à
marquer sa différence avec Kiev, cœur historique du premier État
russe. La ville fondée en 1703 à l'embouchure de la Neva,
sur le 60e parallèle, constitua un pari contre la nature en même
temps qu'un défi à l'histoire. La masse de la population russe
est fixée entre les 55e et 50e parallèles ; elle se relâche
d'ouest en est pour se clairsemer à l'avant de l'Oural, secteur où
l'aridité commence à contrarier l'agriculture et où
la poussée des Russes s'est heurtée à des populations
allogènes solidement implantées.
Le peuplement de la plaine
russe est le produit d'une mobilité séculaire, qui a vu divers
groupes (Tatars, Bachkirs, Mordves, Oudmourtes, Tchouvaches, Komis, etc.)
tenter de s'établir en cultivant un coin de terre et en assurant
la protection de leurs villages. Les administrations successives de l'Empire
et de l'URSS ont reconnu leur existence et leur ont octroyé diverses
formes d'autonomie, tout en procédant épisodiquement à
des déplacements. Numériquement et politiquement, la population
russe domine la grande plaine drainée par le Don et la Volga, ouverte
au nord sur le golfe de Finlande et la mer Blanche. Poussée vers
l'est, comme la population américaine l'a été vers
l'ouest, elle s'est infiltrée en Sibérie à partir de
la fin du XIXe siècle ; elle a été ensuite déplacée
lors des opérations officielles d'occupation des terres au début
du XXe siècle. La population russe, plus de 80 % de l'effectif global,
demeure dans la Russie historique de Pierre le Grand et de Catherine II,
entre la Baltique, la Volga et le Caucase. Les Tatars (3,7 %), les Ukrainiens
(2,9 %), les Tchouvaches (1,1 %) [1995 ], représentent les plus importantes
minorités nationales de la fédération qui regroupe
près de 120 peuples différents. Monde rural, monde urbain
Comme toutes les sociétés rurales traditionnelles, la
société russe a été pendant des siècles
marquée par une forte fécondité. Mais les maladies
chroniques, les épidémies et les guerres, la rudesse de la
vie rurale et les famines expliquent que la croissance globale soit restée
relativement lente. À partir du milieu du XIXe siècle, la
pression démographique alimenta simultanément la croissance
urbaine et la migration vers la Sibérie. La Russie comptait 30 millions
d'habitants au moment des guerres napoléoniennes, 60 millions au
milieu du XIXe siècle, 80 millions à la veille de la révolution
de 1917. La guerre, les bouleversements de la société rurale,
les migrations forcées vers la Sibérie et le Kazakhstan ont
étendu l'espace géographique du peuplement russe tout en infléchissant
périodiquement sa croissance numérique. Relativement modérée,
la croissance globale de la population, au cours du dernier siècle,
est difficile à reconstituer dans le détail en raison des
accidents de l'histoire et de l'absence de séries statistiques cohérentes.
Elle s'est accompagnée de considérables migrations internes.
Outre le transfert d'effectifs de population active vers les nouvelles régions
industrielles et les grands chantiers de l'Est, tels que ceux de l'aménagement
hydroélectrique de l'Angara et du chemin de fer du B-AM (Baïkal-Amour
Magistral ), achevé en 1989, l'urbanisation a ponctionné la
population rurale. Au début du siècle, une dizaine de villes
russes comptaient plus de 100 000 habitants. Saint-Pétersbourg, la
plus grande et la plus fastueuse, n'atteignait pas 2 millions d'âmes,
tandis que Moscou en abritait 1,5 million. Les deux tiers de la population
vivent aujourd'hui dans des villes : l'agglomération de Moscou, la
capitale, atteint les 12 millions d'habitants [1994 ], celle de Saint-Pétersbourg
dépasse les 5 millions. Nijni-Novgorod (1 368 000 h.), Samara (1
160 000 h.), Kazan (1 087 000 h.) et Rostov-sur-le-Don (1 020 000 h.) dans
le bassin de la Volga, Iekaterinbourg (1 274 000 h.), Tcheliabinsk (1 085
000 h.), Perm (1 022 000 h.) et Oufa (1 086 000 h.) dans l'Oural, Novossibirsk
(1 399 000 h.) et Omsk (1 159 000 h.) en Sibérie, soit au total une
dizaine de villes, comptent chacune plus de un million d'habitants, et ce
phénomène d'essor urbain, reflet du débordement de
l'économie agricole traditionnelle par le développement de
l'industrie et des services, est aussi le fruit des multiples transferts
de «vieilles » régions agricoles vers des conurbations
minières et industrielles. Dans ce pays uniforme et monotone, où
seuls les fleuves, les rivières, les lacs et les marais offrent des
frontières, il n'y a pas de régions géographiques ou
historiques semblables à celles de l'Europe centrale et occidentale.
Les villes – centres de pouvoir, lieux de marchés et d'implantation
d'industries – polarisent l'espace, telles Moscou, capitale historique et
foyer du rassemblement des «terres russes », Saint-Pétersbourg,
porteuse de l'espoir d'occidentalisation du XVIIIe siècle, ou Nijni
Novgorod et sa grande foire annuelle sur les bords de la Volga, là
même où arrivaient les marchandises de l'Orient. À l'époque
moderne, c'est l'industrie qui a modelé le territoire et créé
de nouvelles villes, sans engendrer de régions à proprement
parler, sinon sur le plan administratif.
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Économie
- Les réformes entreprises,
à partir de 1992, pour faire passer l'économie d'un modèle
de planification centralisée au système de l'économie
de marché (libération des prix, privatisations d'entreprises,
réforme agraire, etc.), par Boris Eltsine et son équipe, se
sont heurtées à l'opposition des conservateurs. Mais, en 1997,
plus de 80 % des entreprises étaient déjà privatisées,
l'État restant cependant propriétaire d'une grande partie
du patrimoine, et notamment de plus de 3 000 entreprises «à
caractère stratégique » exclues de la privatisation.
Sur les 126 973 entreprises publiques qui ont changé de statut depuis
1992, il conserve une part de capital dans 3 205 sociétés,
qui va de 25 % à 50 % et plus dans 41,3 % d'entre elles. De surcroît,
il dispose d'un droit de veto sur certaines questions comme la fusion ou
la liquidation de l'entreprise dans 1 351 autres firmes (42,1 %). Sa marge
d'intervention est d'autant plus grande, que les sociétés
dans lesquelles il a toujours un droit de contrôle font partie des
plus beaux fleurons de l'économie russe. Après avoir connu
une pause en 1996 du fait d'élections présidentielles et régionales,
le processus des privatisations a repris en 1997. Au cours de cette même
année, le président Eltsine n'a cessé d'affirmer la
nécessité de contrôler les privatisations et de lutter
contre l'arbitraire d'une oligarchie financière et, en juillet 1997,
une loi cadre a été adoptée qui vise à rendre
plus transparentes les procédures de privatisation. En avril, un
nouveau plan de privatisation au «cas par cas » a été
mis en œuvre. Celui -ci, qui a concerné essentiellement de grandes
entreprises (notamment 25 % du capital de la holding de télécommunications
Sviazinvest emportée par le groupe russe Onexim, mais avec des apports
extérieurs de G. Soros principalement, et 38 % du groupe Norilsk
Nickel, acheté dans des conditions peu régulières en
août 1997 par le même groupe Onexim ), a dégagé
d'importantes recettes. La privatisation de la terre, en revanche, ne connaît
guère de progression, une grande partie de la classe politique et
de la population rejetant le principe d'une libre commercialisation des
terres. Inscrit dans la Constitution de 1993 et objet de multiples décrets
présidentiels, ce principe est absent du «Code foncier »
élaboré sous l'influence des députés communistes
et agrariens et voté par la Douma en juin 1997. Certaines régions,
comme notamment la ville de Saint-Pétersbourg, la République
du Tatarstan, la région de Nijni-Novgorod et celle de Saratov, lassées
d'attendre une décision de Moscou, ont pris la décision d'autoriser
la vente libre de la terre, quel que soit son usage (agricole ou autre ).
L'État a toutefois conservé le contrôle des secteurs
«fondamentaux », comme les transports, une partie de l'énergie,
des industries de pointe ou des communications. Le coût de cette nécessaire
libéralisation économique est très élevé
: la dissolution de l'URSS et la rupture des liens économiques traditionnels
avec les républiques soviétiques et les pays du CAEM ont profondément
désorganisé un système déjà fragile,
contribuant à aggraver la crise économique qui s'accompagne
d'une profonde crise sociale. Avec la libération des prix (janvier
1992 ), les Russes ont découvert l'inflation (1 350 % contre 299,8
% en 1994 et 15 % en 1997 ), avec les notions de profit et de rentabilité
des entreprises, ils ont découvert le chômage, dont les chiffres
officiels ne reflètent vraisemblablement pas toute la réalité
(8,8 % en 1995, 9,9 % en 1996, 11,3 % en 1997 ) et, progressivement, le
non-paiement des salaires ou le salaire payé avec retard, à
l'origine de nombreuses grèves en 1998. Cette même année,
le taux de croissance du pays a été négatif (- 5 %),
mais l'inflation a été plus limitée qu'il n'avait été
annoncé : sur les 3 mois de la crise financière elle a été
de 53 % et est revenue ensuite à des niveaux plus raisonnables (autour
de 5 % par mois ). Après le krach financier d'août 1998, les
perspectives sont plus que jamais incertaines, d'autant plus que les investisseurs
étrangers, inquiets face à une indéniable instabilité
politique, et parfois découragés par un système encore
archaïque, hésitent de plus en plus à investir en Russie.
Les queues devant les magasins, tellement liées au paysage soviétique,
qui avaient disparu, ont fait leur réapparition (et même à
Moscou près de 2 heures de recherches et d'attente étaient
nécessaires en septembre 1998 pour trouver du lait ). Une grande
partie de la population se trouve exclue de la transition (plus d'un tiers
des Russes vivent en dessous du seuil de pauvreté ). L'appauvrissement
tend à se généraliser et la crise financière
d'août 1998 a également touché des couches de la population
qui avaient soutenu les réformes ou qui en étaient jusque
-là bénéficiaires (dans le secteur du commerce et des
services par exemple ). Retraités et employés du secteur public
ne perçoivent leurs maigres indemnités qu'avec plusieurs mois
de retard ; l'État ne semble pas véritablement en mesure de
lever l'impôt (en 1997, les rentrées fiscales n'ont représenté
que la moitié des recettes prévues ), la mafia gangrène
toute l'économie et l'ensemble du corps social, le déficit
budgétaire se creuse : l'État russe est au bord de la faillite.
Le 17 août 1998, soit un mois à peine après l'octroi
d'une aide massive du FMI de 22 milliards de dollars, le gouvernement russe
n'a pu empêcher une dévaluation du rouble (à hauteur
de 60 %) accompagnée d'un moratoire pour les banques et d'une suspension
de remboursement de la dette intérieure. Du fait des engagements
imprudents pris par les banques russes, la dévaluation a détruit
la presque totalité des grands établissements. La Russie a
ainsi connu un choc financier d'une extrême gravité qui s'est
propagé sur les marchés internationaux et qui a entraîné
à sa suite des pays comme l'Ukraine, la Biélorussie et la
Moldavie, avant d'atteindre, à la fin de 1998, les pays d'Asie centrale.
L'ensemble du projet libéral de transformation de l'économie
se voit ainsi mis en cause.
-
- Agriculture
- L'héritage Jusqu'au
milieu du XIXe siècle, l'agriculture fut la seule ressource de la
Russie. Malgré la rudesse des conditions naturelles, l'étendue
des espaces accessibles à la culture et à l'élevage
a assuré la subsistance de la population – de 60 à 80 millions
d'habitants entre 1860 et 1920 – sur une superficie agricole estimée
à une centaine de millions d'hectares, cinq fois celle disponible
en France. Subsistance mais non satisfaction des besoins essentiels, puisque
la population agricole de la Russie du début du XXe siècle
vivait dans la misère et une insécurité alimentaire
due aux aléas du climat et à la faiblesse des moyens de production.
L'essentiel de l'espace agricole était situé dans la partie
méridionale de la zone forestière, sous forme de clairières
plus ou moins étendues, associées à un espace d'exploitation
sylvicole et à des cuvettes marécageuses. Les exploitations
privilégiées se trouvaient au sud, aux frontières de
l'Ukraine, sur la terre noire, espace agricole pacifié et exploité
à partir du XVIIIe siècle. Les récoltes, les produits
de l'élevage, de la chasse et de la pêche assuraient plus ou
moins régulièrement l'existence d'une population libérée
du servage depuis
1861 et partagée entre de petites exploitations
familiales de subsistance et le service des grands domaines seigneuriaux.
La révolution de 1917 amorça une série de transformations
qui bouleversèrent, à plusieurs reprises, l'économie
agricole. La séquestration des biens de l'ancienne aristocratie,
la formation d'une société rurale inégale, avec, à
côté de l'économie villageoise familiale, le domaine
des «nouveaux riches » – les koulaks –, furent suivies «de
la grande révolution agraire » des années 1930, celle
de la collectivisation, menée par la contrainte et souvent la terreur
(entre 1929 et 1933 plus de 8 millions de personnes furent déportées
), celle des plans quinquennaux impératifs répartissant les
terres entre des coopératives (kolkhozes ) et des fermes d'État
créées initialement pour assurer le ravitaillement des populations
urbaines (sovkhozes ). À l'origine, la structure du kolkhoze associait
les terres collectives à des micro-exploitations familiales, assurant
une économie de subsistance et l'alimentation de marchés urbains
complémentaires, seule forme de marché libre toléré
(marchés kolkhoziens ). Le dernier stade de la «révolution
agricole » fut celui de la concentration de la population des kolkhozes
et sovkhozes dans des centres d'habitat collectif, les agrovilles, dont
la généralisation était loin d'être achevée
quand le système fut remis en question. Quel avenir pour une grande
nation agricole ? L'épilogue, amorcé par la perestroïka
à la fin des années 1980, est la décollectivisation
et le retour aux exploitations individuelles. Toutefois, son improvisation
ne va pas sans poser de multiples problèmes : en raison de la faible
motivation des agriculteurs et du manque de moyens, l'essentiel des terres
demeurait encore propriété de l'État, selon une structure
coopérative, en 1994. Corollaire inquiétant, la population
rurale n'a cessé de baisser depuis les années 1970. Dans ce
pays où elle occupait au début du siècle plus des trois
quarts des effectifs, elle ne représente plus aujourd'hui que 12,9
% des actifs. Hautement mécanisée dans le cadre de la collectivisation,
l'agriculture reste productrice d'énormes quantités de grains
(seigle sur les terres grises, blé sur les terres noires ), dont
les tonnages sont toujours difficiles à évaluer en raison
des pertes qui surviennent au moment des récoltes, pertes dues aux
conditions de stockage et de transport autant qu'aux intempéries
de la courte période agricole. Les rendements demeurent toutefois
nettement inférieurs à ceux obtenus dans les pays occidentaux,
et l'exceptionnelle fertilité de certaines terres ne suffit pas à
compenser le fait que la surface agricole utile se réduise à
8 % du territoire. En 1997, le pays était le premier producteur mondial
d'orge, le deuxième en ce qui concerne les pommes de terre, le quatrième
pour le blé et pour l'ensemble des céréales dont la
récolte a été exceptionnelle avec 88,5 millions de
tonnes (soit 27 % de plus que l'année précédente dégageant
un surplus pour l'exportation pour la première fois en cinquante
ans d'environ 10 millions de tonnes ), le huitième pour la betterave
à sucre ; il se plaçait au cinquième rang pour le cheptel
porcin, tandis que la situation de l'élevage des ovins et des bovins
ne cesse de se dégrader. Pourtant, la production agricole, qui a
enregistré une forte chute dans son ensemble depuis le début
des années 1990 (- 9,4 % en 1992, - 4,4 % en 1993, - 12 % en 1994,
- 8 % en 1995, - 5 % en 1996 ) s'élève à 0,1 % en 1997,
et la Russie importe désormais des produits alimentaires. La désorganisation
des circuits consécutive aux changements politiques, le manque de
crédits, la hausse des prix des outils, des aliments pour le bétail,
des engrais étant à l'origine de cette situation. En Russie,
où la forêt couvre plus de la moitié du territoire,
le bois est une matière première d'intérêt primordial
: 778,5 millions d'hectares de forêts, 240 millions de mètres
cubes de bois abattus par an à la fin des années 1990, chiffres
qui font du pays le cinquième producteur mondial. Avec une balance
agricole fortement déficitaire, la Russie doit aujourd'hui reconsidérer
l'équilibre de son marché agricole. Le secteur de la pêche
revêt également une importance considérable : bien que
là encore la production se soit effondrée – le total des prises
a chuté de près de 40 % entre 1992 et 1994 – la Russie demeure
à la tête d'une des plus grande flotte de pêche du monde
et au 7e rang mondial [1995 ] pour la quantité de prises. Plus de
la moitié des poissons pêchés provient du Pacifique
et des eaux particulièrement riches de la mer d'Okhotsk (crabes et
saumons du Kamtchatka ). La Russie est le 1er producteur mondial de caviar,
provenant principalement des esturgeons pris dans la mer Caspienne. Mais,
aujourd'hui, la pollution croissante de cette mer et une pratique intensive
de la pêche menacent cette espèce. Le secteur de la pêche
dans son ensemble traverse une crise profonde due à de nombreux facteurs,
dont notamment l'absence de moyens permettant de moderniser et d'entretenir
la flotte de haute mer et les difficultés engendrées par la
privatisation. Ressources minérales et énergétiques
Commencée à la fin du XIXe siècle avec l'aide
financière et technique des pays industriels de l'ouest et du centre
de l'Europe, l'industrialisation est devenue l'objet des efforts du gouvernement
soviétique, dans l'atmosphère d'une confrontation radicale
avec les économies industrielles «capitalistes ». Depuis
la révolution de 1917 et le conflit avec l'Allemagne hitlérienne,
et jusqu'à la «guerre froide » et la compétition
militaro-technique avec les États-Unis, l'URSS a recherché
et mobilisé toutes les ressources en matières premières
et en énergie, recourant aux techniciens et aux chercheurs du plus
haut niveau. L'immensité du territoire assurait un premier domaine
d'industrialisation, se poursuivant dans la traditionnelle course vers l'est,
en Sibérie. Le charbon Au début de la révolution
industrielle, sous le régime tsariste, le charbon était l'unique
source d'énergie industrielle. L'Empire russe l'a exploité,
avec le concours des sociétés occidentales à partir
de la conquête de l'Ukraine, au XVIIIe siècle, dans le bassin
du Donets (Donbass ). Mais la dispersion et la croissance des besoins ont
stimulé la recherche sur tout le territoire ; la vieille Russie s'est
révélée moins dépourvue qu'il n'avait pu paraître
au début du siècle. La région de Moscou elle -même
dispose d'un bassin houiller possédant des couches de charbon de
3 à 6 m d'épaisseur. Au cours des années 1960, 1970
et 1980, celui -ci a fourni entre 40 et 50 millions de tonnes de charbon
par an. Mais les grands bassins se trouvent hors de la région industrielle
centrale : dans l'Oural (bassins de Kizel et de Tcheliabinsk ), où
ils alimentent les industries métallurgiques créées
depuis la révolution de 1917 ; dans le bassin de la Petchora, au
sud de la mer de Barents ; en Sibérie, dans l'énorme bassin
du Kouzbass (anciennement Kouznetsk ). Les charbonnages sont maintenant
confrontés à la nécessité de moderniser les
équipements des mines et des carrières et, depuis plusieurs
années, des fermetures de mines sont envisagées, notamment
au Kouzbass et dans le bassin de la Petchora. L'hydroélectricité
La garantie de puissance d'une économie ne se mesure plus,
depuis plus de cinquante ans, à sa capacité de produire du
charbon. La première étape de la mutation du système
énergétique a été, presque simultanément,
celle de l'équipement hydroélectrique et de l'exploitation
du pétrole. Les premières expériences spectaculaires
de mobilisation de l'énergie hydraulique ont été réalisées
en Ukraine, au cours des années 1930, sur le Dniepr. C'est seulement
après la Seconde Guerre mondiale que les ingénieurs soviétiques
se sont intéressés au grand fleuve russe par excellence, la
Volga. L'objectif était double : assurer la régularité
et la permanence d'une voie navigable unique en Europe et mobiliser les
forces énormes non utilisées lors de la raspoutitsa, c'est-à-dire
lorsque se déversait vers le fleuve la masse d'eau capitalisée
en hiver sous forme de neige dans un bassin de plus de 1 million de kilomètres
carrés. Les premiers travaux, qui ont d'ailleurs été
menés dans une autre perspective que celle de la mobilisation de
l'énergie, visaient à joindre par voie navigable la grande
plaine russe et la mer Blanche dans un système triangulaire mer Blanche-Volga-Baltique.
L'interminable vallée du fleuve a été ensuite tronçonnée
en une succession de lacs retenus par d'énormes barrages associés
à une chaîne de centrales électriques pouvant produire
plus de 60 milliards de kilowattheures. La Volga constitue désormais
l'armature principale de l'équipement hydroélectrique de la
Russie à l'ouest de l'Oural, avec une chaîne de centrales dont
les plus spectaculaires sont celles de Samara (ancienne Kouïbychev
) et de Tsaritsyne. En Sibérie, l'Ienisseï et particulièrement
son affluent l'Angara, à partir de Bratsk, ont également fait
l'objet d'aménagements hydroélectriques. En 1996, plus de
20 % de l'électricité produite en Russie (847 milliards de
KWh ) était d'origine hydraulique. Les hydrocarbures En même
temps que l'on mobilisait l'énergie hydraulique et que se développait
un puissant réseau de transport d'électricité, la possession
et l'exploitation du pétrole devenaient une des conditions majeures
de la présence de l'URSS dans le groupe des grandes puissances industrielles
et militaires. Le pétrole avait été exploité
dès la fin du XIXe siècle à l'intérieur de l'Empire
russe par des sociétés étrangères. Mais les
gisements connus alors n'étaient pas sur le territoire historique
de la Russie : ils se trouvaient dans une de ses «colonies »
transcaucasiennes, en Azerbaïdjan, à Bakou. Jusqu'à l'époque
contemporaine, on continuera à exploiter fébrilement le pétrole
sur les rives de la mer Caspienne, autour de Bakou, et en mer, sur la plate-forme
littorale. Pourtant, des gisements importants ont été exploités
depuis, dans le bassin du principal affluent de la Volga, la Kama : l'importance
des réserves reconnues et l'opportunité de leur découverte
leur firent donner triomphalement le nom de «second Bakou ».
En quelques années, au moment décisif de la Seconde Guerre
mondiale, la production a été portée à 351,6
millions de tonnes [1996 ], et peut-être plus à l'avenir, depuis
la conclusion en juillet 1998, d'un accord Russie-Kazakhstan portant sur
le partage des importantes réserves pétrolières situées
au nord de la mer Caspienne. Un peu plus tard furent combinées la
production du pétrole et celle du gaz naturel ; un réseau
d'oléoducs et de gazoducs s'établit en direction des grandes
régions de consommation et vers l'étranger, en attendant que
le centre de gravité de la production passât de l'autre côté
de l'Oural, en Sibérie, dans le bassin inférieur de l'Ob (villes
de Sourgout et de Tioumen ). Ce «troisième Bakou » fut
à son tour connecté sur le réseau international d'oléoducs
et de gazoducs exploité par la Russie. Le gaz naturel, qui s'est
révélé être répandu de manière
plus diverse que le pétrole, est exploité au nord du Caucase
et aux confins de la République voisine du Kazakhstan, maintenue
dans la Communauté d'États indépendants (CEI ), issue
des pays de l'ancienne URSS. Depuis 1992, l'industrie pétrolière
est en cours de restructuration, marquée par l'émergence de
puissants holdings (dont le principal est la compagnie Loukoïl ) et
un mouvement de privatisation graduel. Les hydrocarbures ont jusqu'en 1997
compté pour près de 45 % dans les exportations du pays (25
% pour le pétrole et 18 à 19 % pour le gaz ), et lui ont procuré
un excédent commercial de 20,4 milliards de dollars en 1995 et de
26,9 milliards de dollars en 1996. Mais l'effondrement des prix du pétrole
brut a provoqué une baisse des recettes, sensible dès le premier
trimestre de 1998. Le nucléaire Sans que l'importance économique
et stratégique des hydrocarbures soit minimisée, la relève
a été prise, en partie à cause de la course aux armements,
par l'énergie nucléaire. Les sources d'uranium sont dispersées
sur le territoire de l'ancienne URSS, pour une part hors de la Russie historique,
dans le Kazakhstan et en Sibérie. Les installations industrielles
expérimentales ont été initialement établies
dans la région stratégique de l'Oural, plus tard à
proximité des centres de consommation industrielle et urbaine. Des
expériences malheureuses et, pendant longtemps, le souci du secret
stratégique ont fait dissimuler l'importance des installations du
sud de l'Oural, que l'on commence à mieux connaître ; la vétusté
qui les caractérise généralement fait redouter en permance
des accidents aux conséquences incalculables. En 1997, environ 11
% de l'électricité produite en Russie était d'origine
nucléaire. Ressources minérales Presque tous les minerais
métalliques sont exploités sur le territoire de la Russie.
À la source de toutes les industries métallurgiques et mécaniques,
le minerai de fer a été extrait initialement dans l'Oural,
dans la montagne de Magnitnaïa, puis au nord de la frontière
ukrainienne dans la zone dite de l'«anomalie magnétique de
Koursk ». On a cherché le nickel dans la presqu'île de
Kola, oubliant la richesse minéralogique de l'Oural. On y extrait
le minerai de cuivre, la plupart des minerais de métaux non ferreux,
la bauxite et, depuis l'époque impériale, l'or. La Russie
historique, Oural inclus, dispose de presque toutes les ressources indispensables
au développement d'une industrie moderne. Industrie L'héritage
La première phase de l'industrialisation de la Russie s'acheva
par la débâcle de la Première Guerre mondiale et l'instauration
d'un système fermé. Qui plus est, le développement
industriel fut d'autant plus difficile à conduire qu'il s'accompagna
d'une redistribution géographique programmée des «forces
de production » à travers tout le territoire, en des lieux
où toutes les infrastructures étaient à crééer.
Sous l'exergue d'une URSS en construction, le gouvernement imposa une nouvelle
carte des activités, surtout celles qui pouvaient contribuer à
la défense. Bien évidemment, cette politique fut conduite
au détriment de la production de biens d'usage et de consommation.
L'Empire russe avait misé sur la facilité en recourant à
l'appui technique et financier des pays qui l'avaient devancé sur
la voie de l'industrialisation. La facilité consistait en premier
lieu à exploiter des ressources contiguës à l'échelle
de l'Empire, dans les régions privilégiées du Sud,
du pétrole de Bakou au fer de Krivoï-Rog, en passant par les
charbonnages du Donets, sur les marges de la vieille Russie. Les capitaux
occidentaux avaient répondu à l'appel. La révolution
bolchevique remit tout en question, y compris le schéma de répartition
géographique de la production. L'image géopolitique de la
Russie était désormais celle d'un pays «assiégé
», conscient de l'absence de frontière naturelle et de la vulnérabilité
de ses lignes de défense à l'ouest. Les années 1920
et surtout les deux décennies suivantes furent celles d'un gigantesque
transfert des infrastructures industrielles d'importance stratégique
vers l'est. Les conditions naturelles imposèrent un déplacement
sans doute plus important que la politique, la stratégie et surtout
les coûts ne l'eussent rendu souhaitable. Le centre industriel et
stratégique de l'URSS se trouvait désormais à la limite
de la vieille Russie et de l'Oural. Les implantations Sur des distances
relativement courtes, on trouvait à la fois le charbon, le pétrole,
les minerais métalliques, à condition bien sûr de transférer
les effectifs de main-d'œuvre nécessaires à leur mise en valeur.
La mégalomanie des planificateurs voulut que l'on aille chercher
un complément d'énergie en Sibérie dans les charbonnages
d'extraction, il est vrai aux conditions très faciles, du bassin
du Kouznetsk, à 2 000 km des gisements de minerai de l'Oural : ce
fut la création du «combinat Oural-Kouzbass ». Des villes
nouvelles de grande dimension furent construites autour des usines, telles
Tcheliabinsk (1 085 000 h.) et Magnitogorsk (427 000 h.). Tout ce qui pouvait
présenter un risque stratégique fut dispersé dans une
série de villes industrielles spécialisées et complémentaires
; la main-d'œuvre y était provisoirement implantée et déplacée
périodiquement d'un centre de travail à un autre. Sur le vieux
fonds d'industries métallurgiques et mécaniques de base, de
fabrication d'armement, de chars, de véhicules et d'engins balistiques
vinrent se greffer précipitamment une industrie nucléaire
mal maîtrisée et des centres d'exploration cosmique rivalisant
avec ceux des États-Unis. Dans le même temps, les conditions
de la vie matérielle, les besoins en moyens de transport, en machines
agricoles et en outillage de base firent surgir des industries diverses
sur l'ensemble du territoire. Un secteur à transformer Héritière
de l'ère soviétique, l'industrie russe fournit toujours une
large gamme de produits : aciers et métaux, machines et matériel
divers, équipements de transport, véhicules à moteur,
outils de précision, armement, produits chimiques, dérivés
du bois, agroalimentaires, textiles et cuirs, etc. En 1998, le pays se classait
au deuxièeme rang mondial pour la production d'aluminium, au quatrième
rang pour l'acier, et restait l'un des premiers fabricants de machines agricoles.
L'industrie textile, concentrée en Russie d'Europe, a beaucoup souffert
de la rupture des liens avec les républiques d'Asie centrale, pourvoyeuses
de l'essentiel du coton brut (Ouzbékistan, Kazakhstan, Azerbaïdjan
) et la production a chuté de moitié dès 1992. Ce secteur
pâtit comme l'ensemble des industries de transformation (industrie
légère, bâtiment, agroalimentaire...) du manque d'investissements
nécessaires à une restructuration face à la concurrence
étrangère. Mis à part les armements et certaines technologies
de pointe, la technologie russe demeure inférieure à celles
des pays occidentaux. Les équipements sont souvent obsolètes
et le secteur secondaire connaît, à l'image de toute l'économie
russe, de grandes difficultés de reconversion. L'industrie a enregistré
depuis le début des années 1990 une forte chute de production.
Mais en 1997, on notait une légère reprise de 1,9 %. Les transports
L'économie est mise à l'épreuve à la fois
par la dimension du territoire et par les contraintes du climat. Le premier
défi est celui de la circulation routière, concurrencée
sur quelques itinéraires privilégiés par la navigation
fluviale saisonnière. L'absence de sols durs ainsi que les épreuves
du gel et du dégel l'ont longtemps limitée à Saint-Pétersbourg,
à Moscou et à quelques voies privilégiées aux
abords des résidences impériales bénéficiant
d'accès pavés. Au début du XXe siècle et jusqu'à
la Seconde Guerre mondiale, la préférence pour les longs parcours
a été donnée au chemin de fer, symbole du modernisme
industriel dont on ne voulait pas laisser le monopole à l'Europe
occidentale : la construction du chemin de fer transsibérien fut
à la fois un acte géopolitique et un symbole de participation
à la civilisation industrielle. Durant la période 1940 -1990
fut prise en charge la demande simultanée de transports ferroviaires,
routiers, aériens – à la fin des années 1980, Aéroflot,
la compagnie nationale, possédait la plus grande flotte aérienne
mondiale –, et maritimes –à la même époque, l'URSS était
dotée de la première flotte marchande au monde –, sans oublier
le transfert d'énergie, avec la circulation du pétrole et
du gaz naturel sur des milliers de kilomètres. Dans cette optique,
des solutions adéquates aux problèmes techniques liés
à l'alternance de périodes de gel profond des sols et de généralisation
des bourbiers au moment de la raspoutitsa ont été apportées.
L'aventure la plus spectaculaire, la plus fragile aussi, est celle du transport
des produits pétroliers de l'Oural et de la Sibérie vers la
vieille Russie et les marchés européens : 100 000 km d'oléoducs,
200 000 km de gazoducs sont enfouis dans un sol instable, tourmenté
par le gel, à la merci de la faiblesse d'une soudure. Aujourd'hui,
le train reste le premier moyen de transport pour les marchandises comme
pour les voyageurs. Principale voie navigable du pays, la Volga, aménagée
par la construction de barrages et de canaux qui permettent un débouché
sur la Baltique et sur la mer d'Azov, assure à elle seule 50 % des
transports fluviaux. En Sibérie et en Extrême-Orient, les fleuves
permettent aussi de desservir les régions que le chemin de fer n'atteint
pas ; toutefois, les problèmes du climat s'ajoutent au fait que,
excepté l'Amour qui se jette dans la mer d'Okhotsk, la plupart des
grands cours d'eau de ces régions (Ienisseï, Lena, Ob ) s'écoulent
du sud vers le nord, c'est-à-dire vers l'océan glacial Arctique,
ce qui restreint leur utilité dans une zone où le trafic est-ouest
prime. La disparition de l'URSS pose en termes nouveaux la question de l'«accès
au dehors »: les républiques périphériques sont
devenues des États indépendants avec lesquels il faut négocier
des «droits de passage ». Ainsi, les relations avec les pays
du Caucase, traversés par plusieurs oléoducs vitaux pour l'approvisionnement
de la Russie, ou avec le Kazakhstan, où se trouve Baïkonour,
base de lancement des engins spatiaux, demeurent -elles primordiales.
-
- Le cadre institutionnel
- Le destin de l'URSS a été
scellé au mois de décembre 1991 : le 8, Boris Eltsine, président
de la République socialiste fédérative soviétique
de Russie (RSFSR ) signait avec ses homologues ukrainien et biélorusse
la déclaration de Minsk qui proclamait la dissolution de l'Union
soviétique et fondait la Communauté des États indépendants
(CEI ); le 21, la CEI était rejointe par sept des anciennes républiques
fédérées (traité d'Alma Ata ); le 25, tandis
que Mikhaïl Gorbatchev démissionnait de la présidence
de l'URSS, le Congrès votait la transformation de la RSFSR en Fédération
de Russie. La Fédération de Russie a repris, en accord avec
les membres de la CEI, le siège occupé par l'URSS au Conseil
de sécurité de l'ONU. Sur la scène internationale,
elle apparaît également comme l'héritière de
l'URSS, sans toutefois que sa situation économique et la nouvelle
répartition des pouvoirs à l'échelle mondiale lui confère
le même poids que son prédécesseur. Le territoire Comme
l'URSS, la Fédération de Russie est un État multinational
regroupant des entités politiques qui ne jouissent pas toutes du
même statut ; leurs rapports sont régis par le traité
fédéral, ratifié en mars 1992. Aux subdivisions strictement
administratives – 49 régions oblast et 6 territoires kraï –,
il convient d'ajouter les subdivisions ethniques – 21 républiques
autonomes, 10 territoires autonomes avtonomnyi okroug et la région
autonome juive, le Birobidjan ; Moscou et Saint-Pétersbourg possèdent
le statut de ville fédérale et forment des districts administratifs
séparés. Les 21 républiques autonomes sont : la république
des Adyghés, la république de l'Altaï, la Bachkirie,
la Bouriatie, la Carélie, le Daghestan, l'Ingouchie, la Kabardino-Balkarie,
la Kalmoukie, la république de Karatchaevo-Tcherkessie, la Khakassie,
la république des Komis, la république des Maris, la Mordovie,
l'Ossétie du Nord, l'Oudmourtie, la république de Sakha (Iakoutie
), la république des Tatars (Tatarstan ), la Tchétchénie,
la Tchouvachie, la république de Touva. Les 10 territoires autonomes
sont : le territoire des Bouriates d'Aguinskoïe, celui des Bouriates
d'Oust-Ordynski, des Dolgano-Nenets (Taïmyr ), des Evenks, des Iamalo-Nenets,
des Khantys-Mansis, des Komis-Permiaks, des Nenets, des Tchouktches (Tchoukotka
). Constituées selon des critères ethniques, les républiques,
les territoires autonomes et la région du Birobidjan ne possèdent
pas tous le même degré d'autonomie au sein de la Fédération.
Les républiques, auxquelles la Constitution de 1993 a reconnu le
droit d'adopter leur propre Constitution, sont celles qui jouissent de la
plus grande autonomie, même si les compétences des gouvernements
mis en place localement restent limités. Le pouvoir fédéral
y est parfois remis en cause : après la dissolution de l'URSS, ces
républiques ethniques, à l'exemple des républiques
fédératives de l'Union, ont souvent réclamé
leur indépendance. Cas extrême, la Tchétchénie
a proclamé unilatéralement son indépendance et refusé
de signer le traité fédéral, déclenchant des
représailles économiques (1992 ) et militaires (1994 ) de
la part de Moscou ; le cessez-le-feu signé au printemps 1996 a mis
momentanément un terme au conflit, mais le problème reste
entier puisque les Russes ont reconnu la souveraineté de la république
au sein de la Fédération. Le Tatarstan, république
dotée d'importantes ressources naturelles et située sur le
passage des grands axes de communication (oléoducs, gazoducs, voies
ferrées ) de première importance pour Moscou, a lui aussi
refusé de signer le traité fédéral et a demandé,
après la tenue d'un référendum en 1992, son indépendance
; la signature d'un accord de partage des pouvoirs avec la Fédération
en 1994 a là encore mis provisoirement en suspens les velléités
sécessionnistes. Le gouvernement et la vie politique La Fédération
de Russie est régie selon un système mixte, à la fois
présidentiel et parlementaire, défini dans la Constitution
approuvée par référendum le 12 décembre 1993.
Le pouvoir exécutif appartient à un président, élu
au suffrage universel pour un mandat de 4 ans, une fois renouvelable. Chef
suprême des armées, président du Conseil de sécurité,
l'organisme chargé de la défense nationale, il nomme le Premier
ministre, choix qui doit être ratifié par la Douma. Le président
possède de larges prérogatives qui lui donnent la possibilité
de légiférer par décret, de dissoudre le gouvernement
et la Douma, de nommer la plupart des hauts fonctionnaires civils et militaires
*. Le pouvoir législatif appartient au Parlement fédéral,
organe bicaméral. Il comprend la Douma (Chambre basse ), composée
de 450 membres élus pour 4 ans au suffrage universel, et le Conseil
de la Fédération (Chambre haute ), composée de 178
représentants des différentes entités qui forment la
Fédération. Premier président élu démocratiquement
au suffrage universel dans le cadre de la République socialiste fédérative
soviétique de Russie (RSFSR ), le 12 juin 1991, Boris Eltsine a assumé
depuis lors les fonctions de président de la Fédération.
Il a été réélu en juillet 1996 et a d'abord
confié la direction du gouvernement à Viktor Tchernomyrdine
(1992 ), avant de limoger le gouvernement et de nommer Sergueï Kirienko
Premier ministre (1998 ). Depuis l'effondrement du modèle soviétique,
la Russie, naguère soumise à un régime autoritaire
dominé par un parti unique, fait l'apprentissage de la démocratie
et du multipartisme. L'actuelle période de transition se caractérise
par une grande instabilité politique et la multiplication des partis
qui n'ont souvent en commun que l'imprécision de leur programme.
Trois grands courants dominent cependant la scène politique russe
: celui des démocrates, adeptes du modèle occidental, regroupe
des tendances plus ou moins libérales, dont celle, modérée,
de l'ex-Premier ministre, Tchernomyrdine, «Notre Maison la Russie
», et soutient le président Eltsine ; celui des centristes
rassemble les partisans d'une économie mixte, opposés à
des réformes trop radicales ; celui des «rouges-bruns »,
coalition occasionnelle et hétéroclite d'anciens communistes
et d'ultranationalistes, réunit dans l'opposition systématique
à Eltsine des partis aussi différents que le Parti communiste
de la Fédération de Russie, de Guennadi Ziouganov, ou le Parti
libéral-démocrate de Russie, de Vladimir Jironovski, à
l'extrême droite. Le 23 août 1998, alors que le rouble poursuivait
sa chute et que la situation financière devenait incontrôlable,
B. Eltsine congédia S. Kirienko et nomma V. Tchernomyrdine Premier
ministre par intérim, inaugurant ainsi une crise politique sans précédent
où la Douma refusa par deux fois sa candidature au poste de chef
du gouvernement, mais accepta le 11 septembre celle de l'ancien patron du
KGB, E. Primakov. Ce dernier forma alors un gouvernement comprenant plusieurs
ministres ouvertement opposés aux réformes. Le chef du gouvernement,
qui s'était donné pour programme de favoriser la production
russe, de payer les salaires et les retraites, et surtout de renforcer et
de réhabiliter l'État, tendit à faire respecter un
tant soit peu l'autorité du Centre face aux puissantes régions,
tout en dirigeant ses coups en direction de l'oligarchie financière
corrompue (éviction d'une de ses figures les plus représentatives,
B. Berezovski ). Il essaya également de maintenir la cohésion
entre les diverses forces de l'échiquier politique, mais sans initier
véritablement de changements économiques et politiques. De
façon imprévisible, Boris Eltsine le congédia, le 12
mai 1999, alors qu'une procédure de destitution initiée depuis
le début de 1998 par les députés du Parti communiste
se poursuivait à son encontre, et proposa à la Douma la candidature
de S. Stepachine (ex-ministre de la Sécurité et l'un des principaux
instigateurs de la guerre en Tchétchénie en 1994 ). Celle
-ci, qui rejeta finalement la procédure de destitution du Président,
le 15 mai 1999, accepta deux jours après la nomination de S. Stepachine
(dès le premier tour de scrutin ). Ce dernier affirma d'emblée
vouloir «poursuivre la politique de E. Primakov et même l'intensifier
». Il procéda à la formation d'un nouveau gouvernement,
dont la composition fut dictée par B. Eltsine, qui reconduisait pour
l'essentiel les principaux ministres du gouvernement précédent.
Les prochaines échéances électorales (élections
présidentielles ), prévues pour l'an 2000, restent lourdes
d'incertitudes. La défense nationale La Fédération
de Russie a hérité de l'armée soviétique, considérée,
dans la deuxième moitié du XXe siècle, comme l'une
des plus puissantes du monde. En 1998, elle comptait environ 1 700 000 hommes.
Ses effectifs devant passer, en vertu des objectifs fixés par le
chef de l'État, d'ici la fin de 1998, à 1 2 000. Une réforme
de l'armée, dont les grandes lignes ont été approuvées
par B. Eltsine le 9 juin 1997, prévoit de ramener le nombre de divisions
de 31 à 15 ou 18 d'ici l'an 2000 et de réorganiser les huit
régions militaires du pays en «commandements opérationnels
et stratégiques » (OSK ) et en «commandements territoriaux
opérationnels » (OTK ). Une réduction des effectifs
du personnel civil de la défense devrait le faire passer de 600 000
à 300 000. Depuis l'automne 1997, les troupes de missiles stratégiques
(RVSN ), les systèmes antimissiles de la défense anti-aérienne
(VRKO-PVO ) et les forces spatiales (VRS ) ne forment plus qu'une seule
unité. À terme, l'armée russe ne devrait conserver
que trois (infanterie, marine, troupes spéciales et aériennes
) des cinq armes qu'elle compte aujourd'hui. Dotée d'un arsenal très
important, quoique souvent obsolète (le ministre de la Défense
Igor Rodionov affirmait en février 1997 «qu'il était
à la tête d'une armée en décomposition »
et que l'état de délabrement de l'armée était
tel que la Russie ne pourrait bientôt plus assurer la sécurité
de son arsenal nucléaire ), l'armée russe est aujourd'hui
en crise. Elle ne constitue plus, comme par le passé, un «État
dans l'État », véritable caste dont les membres bénéficiaient
de salaires élevés et de nombreux privilèges ; au contraire,
la dissolution du pacte de Varsovie (juillet 1991 ), puis celle de l'URSS,
ont renvoyé en Russie des milliers de militaires, actuellement
en situation de déclassement social. Selon des statistiques officielles
publiées à la mi -1997, 29 % des officiers en général
vivraient en-dessous du seuil de pauvreté et 61 % reconnaissaient
éprouver des difficultés matérielles. Incertains de
leur avenir, souvent confrontés à la corruption de leurs supérieurs
et abandonnés par une administration qui ne distribue de maigres
soldes qu'avec retard, les militaires sont en proie à une grande
démoralisation. Et entre 1995 et 1996, les taux de suicides chez
les officiers et les sous-officiers auraient augmenté respectivement
de 10,7 % et 38,1 %. La Russie a conservé des bases militaires dans
certains pays de la CEI et participe à l'occasion à des opérations
de maintien de la paix à ses frontières, comme au Tadjikistan
ou en Géorgie. Le problème des structures et des équipements
disséminés à travers le territoire de l'ex-URSS, c'est-à-dire
parfois sur le sol d'États devenus indépendants depuis 1991,
s'est posé avec une acuité particulière dans le cas
des bases de stationnement de la flotte (en particulier Sébastopol
et Odessa ) situées en Crimée, en territoire ukrainien. Ce
différend qui a longtemps troublé la bonne marche des relations
entre la Russie et l'Ukraine a trouvé une solution depuis le 31 mai
1997, date de la signature d'un traité d'amitié entre les
deux pays : la Russie reconnaît la Crimée en tant que possession
de l'Ukraine, laquelle laisse la jouissance des 4 /5 de la flotte et des
arsenaux à la Fédération.
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- Quelle Russie pour
le XXIe siècle ?
- Le début des années
1990 a été la période des ruptures dans tous les domaines,
la plus spectaculaire étant sans doute celle de l'édifice
politique, hérité de l'ancien empire, totalement remis en
cause. Devenue indépendante, la Russie est le plus vaste État
du monde. Favorisée par l'étendue de son territoire et la
diversité de ses richesses, elle doit cependant gérer un lourd
passif. De plus, l'immensité du pays et le poids de l'héritage
impérial ne facilitent pas la redéfinition d'un territoire
et la reconstruction d'un État russe. Territoire hétéroclite,
la Fédération de Russie est, tout comme l'URSS l'avait été,
menacée dans son existence même par des forces centrifuges
: un nouveau partage des compétences entre le centre et les régions
s'impose. Les premiers pas du nouvel État se font dans un contexte
d'instabilité politique (quelle est la représentativité
du gouvernement et du président ?), de crise économique et
monétaire, de réformes chaotiques au coût social très
élevé. Pour la première fois depuis la révolution
de 1917, la Russie a repris le dialogue avec le monde extérieur et
sollicite le concours des pays capitalistes, redevenus partenaires économiques,
mais sa plus grosse faiblesse réside incontestablement dans son instabilité
intérieure.
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