PARAGUAY
Situé au cœur de l'Amérique du Sud, sans aucun accès à la mer, le Paraguay (406 750 km 2 ) se situe entre le Brésil au nord-est, la Bolivie au nord-ouest et l'Argentine au sud, à l'ouest et à l'est. Replié sur lui -même pendant la majeure partie du XIXe siècle, ayant subi de véritables saignées au cours de la guerre de la Triple Alliance (1865 -1870 ), le pays participe aujourd'hui aux grands projets d'expansion des nations latino-américaines. En raison de l'absence de façade maritime, son activité économique reste sous la dépendance étroite du Brésil.
Géographie physique
Le río Paraguay, qui coule dans
une vaste zone marécageuse, divise le pays en deux grandes régions
naturelles : la région orientale, la plus riche, est un ensemble
de
plateaux doucement inclinés et fertiles, bordé de forêts
vierges le long du Paraná ; la région occidentale, appelée
Chaco, est une immense plaine alluviale d'une hauteur moyenne de 130 m, adossée
aux contreforts de la cordillère des Andes.
Relief et hydrographie
Le nord du Chaco est une steppe quasi désertique ; le sud, assez humide, est couvert de prairies naturelles, de palmeraies et de forêts de quebracho (arbre à tanin ). Dans la région orientale, la densité des fleuves et des rivières est très forte. Le majestueux Paraná marque la frontière avec le Brésil ; ses affluents sont utilisés pour l'installation d'usines hydroélectriques (complexe de l'Acaray ). Un troisième grand fleuve, le Pilcomayo, traverse le Chaco vers l'est et forme une partie de la frontière avec l'Argentine. Lors de la saison des pluies, en été, les fleuves débordent et charrient des îlots de terre (camalotes ) arrachés aux rives par les trombes d'eau. La région orientale possède deux lacs important : les lacs Ypacarai et Ypoá.
Climat et végétation
Subtropical dans l'ensemble, le climat du Paraguay connaît des variations locales, suivant la nature du relief. La saison humide dure d'octobre à mars, tandis que la saison sèche s'étend d'avril à septembre.
Le botaniste français Aimé
Bonpland avait, dès le XIXe siècle, dressé un inventaire
des quelque 3 000 espèces de plantes, de fleurs et d'arbres du Paraguay.
Le célèbre maté (thé paraguayen ), qui pousse à
l'état sauvage dans le Nord-Est, est cultivé dans le Sud-Ouest.
La faune est également très riche. Dans le Chaco,
notamment, pullulent les flamants roses, les canards, les ibis, les toucans,
les perroquets. Le jaguar est le fauve le plus répandu, et l'on trouve
également des sangliers, des crocodiles, des ours et plusieurs espèces
de cervidés.
Population
En installant au XVIIe siècle des communautés pour protéger les Indiens Guaranis – les premiers habitants du pays – des raids de chasseurs d'esclaves, les jésuites ont contribué à maintenir le caractère original du peuple paraguayen.
Estimée à 5,1 million d'habitants [1997 ], la population du Paraguay est pour une grand majorité métissée (95 %). Il reste peu d'Indiens de souche, sauf dans le Chaco, nettement moins peuplé que la région orientale. La capitale, Asunción, qui, avec le faubourg de Lambaré compte plus de 1,3 million d'habitants [1994 ], est célèbre pour ses jardins et ses avenues qui embaument la fleur d'oranger. La population des autres villes ne dépasse pas 100 000 habitants.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Paraguay a connu une forte émigration due à la faiblesse du niveau de vie moyen et à l'instabilité de la politique intérieure. Le nombre de départs a cependant diminué depuis 1970. On assiste même au retour de certains Paraguayens établis en Argentine.
Économie
Dans ce pays relativement pauvre, l'économie connaît une certaine croissance depuis quelques années. L'économie paraguayenne se caractérise par un secteur des services très développé qui emploie 35 % de la main-d'œuvre et représente près de la moitié du PNB. Bien qu'il occupe 45 % des travailleurs, le secteur agricole ne compte que pour 27 % du PNB. Il fournit cependant la majeure partie des exportations. L'entrée du Paraguay dans le Mercosur en 1995 a accéléré la pénétration des capitaux et des entreprises brésiliennes dans le pays.
Agriculture
Trois cultures, le soja, le maïs et le coton, accaparent 60 % des terres arables. Le maïs est consommé sur place tandis que les deux autres sont exportés. Les petits paysans s'en tiennent à une agriculture de subsistance. La nourriture de base est le cassava (manioc ). Une fois bouillie, la racine a un goût similaire à celui de la pomme de terre. La farine de manioc sert à la confection de chipas (pains ); on la retrouve aussi dans la composition de nombreux plats nationaux.
Les forêts, qui occupent 20 millions d'hectares, commencent à peine à être exploitées. La qualité et l'étendue des pâturages expliquent la prospérité de l'élevage, notamment de bovins.
Ressources minières et énergétiques
L'activité minière est négligeable, mais le sous-sol contient des gisements non exploités de manganèse, de cuivre et de pétrole. Le Paraguay possède aussi des ressources hydroélectriques considérables, les bassins sud-est étant parmi les plus réputés au monde avec ceux du Québec (Canada ), de la République démocratique du Congo et de la Chine. Réalisé conjointement avec le Brésil, le barrage d'Itaipú, sur le Paraná, est le premier au monde pour la quantité d'énergie produite (70 milliards de kWh ). Le barrage de Yacyreta, à la frontière du Paraguay et de l'Argentine, construit en collaboration avec l'Argentine, est entré en service en 1995.
Commerce et transports
Le commerce paraguayen se fait par le port fluvial d'Asunción, la création d'une marine marchande nationale encore modeste ayant permis de réduire légèrement les tarifs de fret. Il ne faut pas négliger l'importance de cette voie d'eau qui permet le trafic de passagers vers l'Europe et les États-Unis.
Les
réseaux ferroviaires et routiers sont insuffisants. La principale ligne
de chemin de fer relie Asunción à Encarnación et dessert
les régions les plus peuplées du pays. Quant aux routes, elles
sont pour la plupart non asphaltées. La plus importante, uniquement praticable
par temps sec, traverse le Chaco jusqu'en Bolivie. Ces carences ont favorisé
l'essor des liaisons intérieures aériennes et la position centrale
d'Asunción lui a permis de devenir un important point de transit pour
les lignes internationales.
Histoire
Avant l'arrivée des Européens au XVIe siècle, la région comprise entre les rivières Paraguay et Paraná est occupée par les tribus semi-nomades des Indiens Guaranis. Entre 1536 et 1556, Martínez de Irala fonde le premier établissement colonial qui deviendra, avec Asunción, le centre de la puissance espagnole dans cette partie de l'Amérique latine.
Le temps des jésuites
Au début du XVIIe siècle, les autorités espagnoles confient aux missionnaires jésuites le contrôle et l'encadrement des Guaranis insoumis. Des centaines de milliers d'Indiens vivent ainsi dans une trentaine de «réductions » sous la protection des jésuites. Ces établissements, qui constituent un véritable État dans l'État et où se développent des activités commerciales, agricoles et manufacturières, suscitent bientôt la convoitise de colons espagnols, désireux d'employer la main-d'œuvre indigène et de s'approprier le monopole des jésuites sur le commerce. Les intrigues qu'ils fomentent jusqu'à la cour d'Espagne aboutissent à l'expulsion des missionnaires, qui quittent la colonie en 1768. Leur départ marque la fin des réductions et le début de la domination des grands propriétaires terriens.
Le XIXe siècle et l'indépendance
C'est le 4 mai 1811 que les Paraguayens proclament leur indépendance après avoir déposé le gouverneur espagnol. Une république dirigée par deux consuls est alors instaurée. L'un d'eux, José Gaspar Rodríguez de Francia, lutte pour que le pays garde son autonomie face aux visées de l'Argentine. Surnommé El Supremo par les Indiens, il exerce une dictature de vingt-six années qui isole à peu près complètement le Paraguay. Il supprime toutes les libertés, ferme les monastères et se proclame chef de l'Église. Il meurt, vers l'âge de quatre-vingts ans, en septembre 1840.
Carlos Antonio López (1790 -1862 ) lui succède. Libéral par certains aspects bien qu'il gouverne en maître absolu, il ouvre les frontières au commerce international, dote le pays d'une industrie sidérurgique (Ybicui ), abolit l'esclavage et favorise l'instruction primaire. Son fils Francisco Solano López devient président en octobre 1862. Ambitieux, il veut faire du Paraguay la première puissance d'Amérique du Sud. Des frictions se produisent avec les deux grands pays voisins, le Brésil et l'Argentine. La guerre éclate en 1865 et, pendant cinq ans, le Paraguay résiste héroïquement aux assauts de la Triple Alliance (Brésil, Argentine et Uruguay ). Francisco Solano López est tué à Cerro Corrá le ler mars 1870. Cette guerre est atroce et la population du Paraguay en sort presque anéantie : elle est en effet tombée de 1 100 000 à 300 000, dont moins de 30 000 hommes. Occupé jusqu'en 1876, le Paraguay doit céder, au nord, la région du rio Apa au Brésil, et le territoire des Missiones ainsi qu'une partie du Chaco à l'Argentine.
Les régimes dictatoriaux
Le parti libéral accède au pouvoir en 1904. Après une nouvelle période de troubles et d'instabilité, la guerre du Chaco contre la Bolivie est une nouvelle et grave épreuve pour le pays (1932 -1935 ). Vainqueur mais épuisé, le Paraguay subit la dictature du colonel Rafael Franco (1936 -1937 ), celle du général Estigarribia (1939 -1941 ), puis celle du général Morinigo (1941 -1948 ). Quatre présidents se succèdent dans la seule année 1948. Pendant 35 ans, de 1954 à 1989, le général Alfredo Stroessner a maintenu un régime dictatorial soutenu par l'armée et le parti Colorado (libéral ). Il a été renversé en février 1989 par le coup d'État du général Rodriguez, un ancien collaborateur, qui a permis un retour à la vie démocratique.
La libéralisation du régime
Candidat du parti Colorado, Rodriguez a remporté les premières élections présidentielles libres en 40 ans (1er mai 1989 ). Son programme prévoyait une réforme de la constitution, une réforme agraire ainsi que la lutte contre la contrebande et le trafic de drogue. Il a rétabli les libertés essentielles (liberté de presse et de réunion ). En mai 1993, Juan Carlos Wasmosy, est élu président. Ayant reçu l'appui de l'armée, il doit toutefois composer avec la hiérarchie militaire ; et le soulèvement de quelques régiments, en avril 1996 montre que la démocratie reste encore fragile : en juin 1998, Raúl Cubas-Grau, qui a succédé au général Lino Oviedo (auteur de cette tentative de coup d'État ) à la tête du parti Colorado, remporte l'élection présidentielle contre le candidat de l'Alliance démocratique.
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