LETTONIE
État sur la Baltique, la Lettonie (64 490 km 2 ) est voisine de l'Estonie au nord, de la Lituanie au sud, de la Russie et de la Biélorussie à l'est. Elle donne sur le golfe de Riga, débouchant lui -même dans la mer Baltique.
Géographie
physique
Œuvre de l'érosion et de l'accumulation glaciaire du Quaternaire, le relief présente les basses altitudes des plaines de l'Europe nordique : plus de 57 % de l'espace letton se situent au-dessous de 100 m. Les altitudes un peu plus grandes sont dues soit aux dépôts morainiques, soit aux roches plus compactes qui ont mieux résisté à l'action érosive de la glace : 184 m dans le plateau de Koursa, situé dans la presqu'île Courlandia (ou Kourzeme ), 289 m dans les collines de la région orientale de Latgale et 312 m dans les collines de la région centrale de Livonie (ou Vidzeme ). Entre les collines morainiques existent plus de 4 000 lacs, dont 40 % dans la dépression lettone, à l'est, dans les collines Latgale. Une autre trace de la glaciation est constituée par le réseau hydrographique, particulièrement dense, totalisant plus de 12 000 rivières dont les plus importantes sont la Dvina (Daugava ) occidentale, avec 357 km en Lettonie, la Gauja et la Venta. Les rivières ont un débit régulier, grâce au climat océanique modéré, frais et très humide (600 -800 mm /an ). Les forêts mixtes (pins et hêtres ) occupent environ 40 % du territoire, tandis que les marais s'étendent sur 10 % de l'espace national.
Population
En 1935, la population était composée
à 75 % de Lettons. En 1998, ils ne représentaient plus que 52
% d'une population estimée à 2,4 millions d'habitants. Cette baisse
relative s'explique par les déportations russo-allemandes et par une
très active colonisation russophone. En effet, des trois pays baltes,
la Lettonie détient le plus fort taux de russophones sur son territoire
(Russes, Biélorusses et Ukrainiens ). Elle compte ainsi 37,2 % de Russes,
4,2 % de Biélorusses, 2,9 % d'Ukrainiens, 2,4 % de Polonais et 1,3 %
de Lituaniens. Une législation très restrictive a prévalu
depuis l'indépendance en matière de naturalisation. En effet,
depuis 1991, seuls les détenteurs de la citoyenneté lettone et
leurs descendants avant l'annexion par la Russie en 1940 l'ont obtenue, et non
les immigrants russes, ukrainiens et biélorusses venus pour travailler
ou servir dans l'Armée rouge après la Seconde Guerre mondiale.
À ceux -là, la jeune République n'a octroyé qu'un
statut de «non-citoyens ». En 1994, après bien des hésitations
et des tergiversations, une loi sur la citoyenneté a été
adoptée qui autorisait seulement, dans un premier temps, les apatrides
de 16 à 21 ans à solliciter un passeport letton, puis les jeunes
de moins de 26 ans et, depuis 1998, ceux de moins de 31 ans. Moscou, préoccupée
par les discriminations appliquées à l'encontre de sa minorité,
a menacé la Lettonie de graves sanctions économiques, dont quelques-unes
ont déjà pris effet (réduction des échanges de la
part de plusieurs villes russes...). Sous la pression conjointe de la Russie
et de l'OSCE, le gouvernement letton a finalement
accepté d'assouplir la procédure de naturalisation pour la minorité
russophone. Désormais, tous les enfants nés en Lettonie après
le 21 août 1991 se voient automatiquement octroyer la nationalité.
Une autre mesure a été envisagée pour relever la limite
d'âge pour les quelque 680 000 russophones désirant être
naturalisés. Largement majoritaire dans les zones urbaines et industrielles,
la population slave dépasse 85 % à Daugavpils, la deuxième
ville du pays, et 60 % à Riga, la capitale. Par ailleurs, la population
de la Lettonie est caractérisée par un accroissement naturel très
faible (les effectifs ont crû grâce à l'apport migratoire
soviétique jusqu'en 1990 ) alors que l'espérance de vie moyenne
est redescendue au niveau de celle de 1950, la mortalité augmentant chez
les hommes âgés de plus de 35 ans
Économie
Le passage d'une économie planifiée sur le modèle soviétique à l'économie de marché, et la rupture des relations économiques étroites avec la Russie ont provoqué une importante chute de la croissance. Le PIB en 1993 ne représentait que la moitié de celui de 1990. Cette chute semble s'être arrêtée en 1994, mais le redressement naissant a été interrompu en 1995 en raison notamment des incertitudes liées à une grave crise bancaire. La croissance a repris à partir de 1996, atteignant 6,5 % en 1997, et s'est poursuivie au cours du premier semestre 1998, tirée surtout par les services et les activités commerciales de transit. Le pays connaît une certaine stabilité financière, le budget général a dégagé en 1997 un excédent de l'ordre de 1,4 % et l'inflation est descendue à 2,9 % en octobre 1998. La dette extérieures reste modeste avec 13 % du PIB. Les investissements directs de l'étranger, en provenance principalement de Russie, ont fortement crû jusqu'à atteindre 7 % du PIB. Malgré ces résultats, la candidature lettone à l'adhésion n'a pas été retenue par l'Union européenne, qui a invoqué comme motifs l'importance des progrès restant à accomplir dans le domaine des réformes économiques ainsi que le traitement des minorités.
Le taux de chômage, qui est le plus élevé des États baltes, a atteint en octobre 1998 plus de 8 %. Le non-emploi se concentre au sud-est du pays, dans la région de Latgale, tandis que les villes de Riga et de Ventspils sont relativement épargnées.
Le coût social de la transition pèse très lourd sur la population, dont une partie est en état de paupérisation, et le mécontentement social se traduit, depuis le début de 1998, par la multiplication des manifestations.
La
part de l'économie souterraine est très importante et l'existence
d'une vaste mafia liée au complexe militaro-politico-industriel reste
très préoccupante.
En matière d'échanges commerciaux, la Lettonie a exporté, en 1997, du bois (32 % des ventes ), des textiles (16 %) et des produits agroalimentaires (14 %). Ses importations ont consisté en des produits énergétiques (22 %), des machines et équipements (15 %), des produits agroalimentaires (15 %) et des produits chimiques (12 %). La Lettonie réalise aujourd'hui une grande part de ses échanges avec l'Union européenne (45 % des exportations et 49 % des importations en 1997 ). Un accord de libre-échange signé avec l'Union européenne est entré en vigueur le 1erfévrier 1998, et d'autres ont également été conclus avec l'Association européenne de libre-échange (AELE ), l'ALECE, l'Estonie, la Lituanie et l'Ukraine. La Russie reste un partenaire important avec lequel la Lettonie réalise 20 % de ses exportations et 15 % de ses importations. Les menaces de sanctions économiques proférées par la Russie pour protester contre les «mauvais traitements » dont serait victime la population russophone, portent sur une réduction de 10 % de la quantité de pétrole transitant par le port de Ventspils.
Agriculture et pêche
Les ressources du pays - agricoles, forestières, minérales (calcaire, craie, gypse, tourbe ) - assurent 20 % des matières premières nécessaires à l'industrie nationale. Malgré l'équipement hydroélectrique de la Daugava et les centrales thermiques qui brûlent de la tourbe (500 millions de tonnes de réserves ), la Lettonie doit importer du pétrole, du gaz et de l'électricité. L'agriculture produit des céréales, des betteraves à sucre, des pommes de terre et du lin. La production végétale est associée à un secteur zootechnique intensif (porcs, bovins ). La pêche (favorisée par les 500 km de littoral ) est active à Liepaja, Ventspils et Iourmala.
L'agriculture, peu performante, contribue pour un peu plus de 8 % à la formation du PIB et occupe 15,8 % de la main-d'œuvre du pays [1994 ]. La réforme foncière est terminée et la plupart des terres agricoles ont été privatisées par voie de restitution. Ici, comme dans les autres pays baltes, la privatisation a conduit à la multiplication de petites entreprises familiales peu rentables. La vente de la terre est ouverte aux étrangers, à condition qu'un accord de protection mutuelle soit conclu entre leur pays et la Lettonie. Elle n'est en revanche pas autorisée aux «non-citoyens », autre mesure discriminatoire envers la minorité russophone.
Industrie
Les installations portuaires de Ventspils (terminal pétrolier ), de Liepaja et de Riga, qui ont assuré et assurent encore une grande partie de l'exportation russe, ont indirectement servi l'économie lettone. L'industrie est principalement concentrée à Riga (électronique, équipement de télécommunications, équipement électrique et électroménager, équipement de transport ferroviaire, chimie fine ), Liepaja (sidérurgie, équipement agricole, textiles, agroalimentaire ) et Ventspils (raffineries, chimie ). Vers l'intérieur du pays dominent les industries agroalimentaires, celles du bois et des matériaux de construction.
Les premières années de l'indépendance ont été marquées par une chute importante de la production industrielle (- 38,1 % en 1993, - 9,5 % en 1994, - 6,3 % en 1995 ). En 1997, les branches industrielles les plus performantes ont été la métallurgie (+ 23 %), l'agroalimentaire (+ 17,7 %), la chimie (+ 17,2 %) et la filière du bois qui reste un des fleurons de l'industrie lettone. En revanche, les industries extractives ont connu une chute de 65 %, de même que la construction navale, la construction de wagons et la production de deux-roues (- 35 %). Le secteur industriel est celui qui a attiré le plus d'investissements, nationaux et étrangers (américains, estoniens, russes notamment ), au cours de l'année 1997, mais la Commission européenne estime cependant que les industries lettones ne sont pas, pour le moment, aptes à affronter la concurrence du marché européen.
En matière de privatisations, le programme mis en œuvre a d'abord eu recours au système des coupons. Mais, en 1995, ce premier mode de privatisation a été abandonné et tous les actifs ont été transférés à une Agence de privatisation, organe semi-autonome du ministère de l'Economie, l'objectif étant d'achever la privatisation d'ici le second semestre de 1998.
Au début de l'année 1998, le secteur privé représentait un peu plus de 60 % du PIB letton. Les entreprises à caractère stratégique comme les installations portuaires, les télécommunications, l'énergie, les chemins de fer ou les banques, encore publiques, restaient à privatiser.
Histoire
Entre 3000 et 1000 av. J.-C. s'établissent sur les rives de la Baltique les tribus ouraliennes des Lives et des Estes, ainsi que les tribus protobaltes des Zemgales, des Coures et des Letgales.
Après avoir assimilé les Lives durant deux millénaires, les Zemgales, les Coures et les Letgales – les ancêtres des Lettons – acceptèrent pendant le Xe siècle le christianisme orthodoxe, mais furent convertis ensuite au catholicisme par les chevaliers de l'ordre Porte-Glaive (créé en 1202 par l'évêque Albert de Buxhövden de Livonie ), qui s'unirent plus tard aux chevaliers Teutoniques (1237 ). L'alliance des deux ordres conquiert la Livonie (Lettonie-Estonie ) vers 1290 et la garde encore deux siècles. Vers 1523, par le relais de Riga, la Réforme arrive en Lettonie, contribuant à créer la mosaïque religieuse qui perdure : on compte aujourd'hui 65 % de protestants, 30 % d'orthodoxes et 5 % de catholiques. Suite à la guerre de Livonie, qui opposa la Pologne à la Russie, les duchés de Pardaougava, de Kurzeme et de Zemgale sont annexés par la Pologne. Les conflits avec la Suède (1600 -1629 ) forcèrent la Pologne à céder Riga et une partie du duché de Pardaougava. Par le traité de Nystad (1721 ) mettant fin à la guerre nordique, la Russie arrache à la Suède une grande partie de la Lettonie, à laquelle va s'ajouter en 1795 le duché de Kurzeme. La politique de russification, accentuée surtout sous le tsar Alexandre III fut contrecarrée par le mouvement d'émancipation nationale à caractère socialiste, actif dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pendant la Première Guerre mondiale, l'Allemagne occupe la presque totalité du pays (1917 ). Dans les régions libres est instauré le pouvoir soviétique mais, par le traité de Brest-Litovsk (1918 ), l'URSS cède aux Allemands toute la Lettonie. En 1919, durant la guerre civile, les troupes allemandes occupent Riga mais sont défaites par l'armée du gouvernement provisoire de la Lettonie. Le traité russo-allemand de 1920 reconnaît l'indépendance de la Lettonie, qui devient membre de la Société des Nations (SDN ) en 1921.
La mainmise soviétique
Conformément au protocole secret du pacte Molotov-Ribbentrop (1939 ), la Russie conserve la Lettonie dans sa sphère d'influence ; Staline impose le stationnement de ses troupes sur le territoire letton. Après un ultimatum de 24 heures en juin 1940, l'Armée rouge occupe le pays et instaure le pouvoir soviétique. En août 1940, un mois après la proclamation de la RSS de Lettonie, la nouvelle république est intégrée à l'URSS. Le IIIe Reich occupe et intègre la Lettonie entre 1941 et 1944. Après la guerre, le pays fait partie de l'URSS et subit une forte répression stalinienne, concrétisée par des déportations massives. Entre 1940 et 1953 la Lettonie perd 34 % de sa population.
La Lettonie indépendante
Le tournant de 1985 dans la politique de l'URSS permet à la Lettonie d'affirmer son identité. En 1988 est constitué le Front populaire qui impose au parti communiste le pluripartisme (1989 ). La dénonciation de l'annexion de 1940 et la déclaration d'indépendance en juin 1990 provoque l'intervention des unités spéciales russes, qui assiègent le Parlement. L'indépendance est, malgré tout, proclamée en août 1991 et reconnue par l'URSS le 6 septembre, juste avant l'admission du nouvel état à l'ONU (17 septembre 1991 ). Depuis 1995, la Lettonie fait partie du Conseil de l'Europe.
Aux premières élections libres de juin 1993, le parti de la Voie lettone (parti de centre-droit ) devient majoritaire au Parlement. Peu après, l'économiste Guntis Ulmanis est élu président de la République pour 3 ans. Le 21 décembre 1995, le Parlement vote l'investiture d'une coalition de droite (Voix lettone, Mouvement pour le Lettonie, Saimnieks et deux partis paysans ), menée par Andris Skele. À l'issue des élections présidentielles organisées en 1996, G. Ulmanis est reconduit à la tête du pays et désigne l'ancien ministre des Finances Guntars Krastsc, nationaliste de l'Union pour la Patrie et la Liberté, à la direction du gouvernement. En 1998, Vilis Kristopans, de la Voie lettone, lui succède à ce poste.
La Lettonie affirme sa volonté de s'ancrer à l'Ouest, et le 16 janvier 1998, le président letton G. Ulmanis a paraphé avec les présidents lituanien, A. Brazauskas, et estonien, L. Meri, à Washington, une Charte de partenariat entre les États-Unis et les pays baltes qui, si elle n'offre aucune garantie immédiate de sécurité, rappelle également la volonté du chef de l'exécutif américain de voir ces États rejoindre un jour l'OTAN, mais celle -ci a refusé pour le moment la candidature des États baltes.
Les relations avec la Russie, déjà tendues du fait du problème de la minorité russophone, se sont encore envenimées, dans les premiers mois de 1998, à la suite de divers incidents : répression brutale par la police lettone d'une manifestation de retraités russophones, défilé commémoratif de vétérans de la Légion lettone, qui avaient combattu aux côtés des Allemands en 1943, tentative d'attentat contre l'ambassade de Russie. Percevant ces événements comme des provocations, la Russie a commencé à appliquer des sanctions économiques au printemps 1998.
En juin 1999, Vaira Vike-Freiberga est élue présidente par les parlementaires lettons. Peu après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre, Vilis Kristopans, lui remet sa démission. Après avoir rappelé l'ancien Premier ministre, Andris Skele, pour former le nouveau gouvernement, elle annonce son intention de relancer la politique d'intégration du pays à l'Union européenne et à l'OTAN. En effet, ces instances internationales font du maintien de deux amendements facilitant la naturalisation des 2,5 millions de russophones présents sur le territoire letton, une des conditions essentielles à cette adhésion.
Littérature
Longtemps limitée à la tradition orale, la culture lettone dut attendre la période du réveil national, après 1850, pour prendre son essor. Les premiers écrivains nationaux, tels le poète Mikelis Auseklis (1850 -1879 ) et les romanciers, les frères Reinis (1839 -1920 ) et Matïss Kaudzïte (1848 -1926 ), puisèrent leur inspiration dans la chanson populaire et dans le spectacle de la vie paysanne. Jänis Raïnis (1865 -1929 ), surnommé le «Goethe letton », fut le plus célèbre représentant de ce réveil. Il incarna un courant social auprès duquel se développèrent des tendances individualistes marquées par l'influence des écoles occidentales (Janis Poruks, 1871 -1911 ; Janis Akuraters, 1876 -1937 ; Karlis Skalbe, 1876 -1945 ). Parmi les écrivains qui s'imposèrent après 1918, il faut citer le romancier naturaliste A. Upits, dont la figure domine encore la littérature de la Lettonie. Il existe, en outre, une littérature de l'exil, qui a subi l'influence du moderniste Alexander Caks (1902 -1950 ).