Le Festival Folklorique de Montoire, c'est bien. Voir ces "ambassadeurs"  de cultures quelquefois lointaines, c'est très bien. Les rencontrer, leur parler pendant ces quelques jours de festival, c'est très très bien. Si en plus vous retenez quelques unes des informations qui suivent, ils seront fiers des connaissances que vous avez de leurs pays respectifs.
   
       AFRIQUE DU SUD        
 
 
 La République d'Afrique du Sud (1 127 000 km 2 ) se place aux marges de l'Afrique noire tant par sa situation géographique australe que par une économie développée à l'échelle africaine, et surtout par les effets persistants d'une organisation sociale fondée sur la ségrégation raciale, l'apartheid – «développement séparé » – qui a longtemps assis l'autorité d'un pouvoir issu de la minorité blanche : le changement politique est trop récent pour que cette construction économique et sociale, mais aussi géographique, soit effacée.

 

Géographie physique

Située presque entièrement au sud du tropique du Capricorne, l'Afrique du Sud est bordée par l'océan Indien, à l'est, et par l'océan Atlantique le long de sa façade occidentale. Elle jouxte la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le Swaziland, au nord, et encercle complètement le Lesotho. Du fleuve Limpopo, qui sert de frontière avec le Botswana et le Zimbabwe, au cap des Aiguilles, l'Afrique du Sud présente une grande diversité écologique. De vastes plateaux intérieurs sont séparés des plaines côtières par un grand escarpement, particulièrement vigoureux dans l'Est.

 

 

Relief

 Le littoral sud-africain s'étend sur 2 955 km. À l'Est, il est dominé par le «Grand Escarpement », et formé de plaines étroites et de collines de piémont assez découpées. À l'Ouest, les zones planes s'élargissent en glacis. Au Sud, en raison de la direction ouest-est des chaînes appalachiennes du Cap, où alternent crêtes de quartzites et dépressions dans les marnes, le littoral est particulièrement découpé en caps et baies. Le Drakensberg, le massif le plus élevé, domine la côte orientale. Enneigé en hiver, il culmine à plus de 3 200 m près de la frontière du Lesotho. Ses bordures escarpées séparent les plaines côtières du Natal des plateaux intérieurs du haut Veld qui recèlent la plus grande partie des richesses minérales de l'Afrique du Sud.

Le Grand Karroo, large bassin semi-aride composé d'aplanissements dans le socle cristallin dominés par des reliefs résiduels et de mesas (plateaux basaltiques ), sépare les chaînes du Cap du Drakensberg. Au nord-ouest, la frontière avec le Botswana traverse la partie méridionale du désert du Kalahari.

 

Climat et végétation

La région du Cap connaît un climat méditerranéen, à pluies d'hiver, propice au vignoble et aux vergers, qui la distingue nettement du reste du pays où les rythmes climatiques sont tropicaux, à pluies d'été. Grâce aux pluies orographiques provoquées par le Grand Escarpement, la côte du Natal se distingue par une pluviométrie honorable (plus de 1 000 mm ), tandis que le reste des régions tropicales est marqué par l'aridité, qui s'accentue régulièrement vers l'ouest : il tombe moins de 200 mm dans le Namaqualand, partie septentrionale de la province du Cap occidental. Soixante-cinq pour cent du territoire national reçoivent moins de 500 mm par an. L'approvisionnement en eau est un grand problème pour l'agriculture, mais surtout pour les régions urbaines et industrielles de l'intérieur. La latitude (le tropique passe dans l'extrême-nord du pays ) et l'altitude expliquent la fraîcheur des températures d'hiver hors des régions côtières : les températures moyennes annuelles s'échelonnent de 23 °C au nord à 12 °C dans les régions méridionales et orientales et une grande partie du pays connaît plus de 60 jours de gel. Le Nord, à moins de 1 500 m d'altitude, est couvert d'une végétation de savane, qui a aussi remplacé la forêt tropicale sur la façade orientale. Dans la partie orientale du plateau central, quand la pluviométrie est supérieure à 500 mm dominent les prairies, plus hautes dans les parties les mieux arrosées (sour veld ), plus basses à l'ouest (sweet veld ). À moins de 500 mm de pluies, on passe aux formations végétales dites du Karroo, une brousse épineuse, qui s'étend en raison du surpâturage, et dans l'extrême ouest à une végétation désertique où dominent les plantes succulentes. L'immédiate région du Cap est pour l'essentiel couverte de maquis méditerranéens.

 

La faune sud-africaine est riche et diversifiée. Les réserves animalières, tels le Kruger National Park, le Hluhluwe et le Mkuze, abritent éléphants, rhinocéros, girafes, zèbres, antilopes, ainsi que d'innombrables espèces d'oiseaux et de serpents.

 

Hydrographie

Aucun fleuve sud-africain n'est navigable. Les bassins de l'Orange et de ses principaux affluents, le Vaal et le Caledon, couvrent la plus grande partie du plateau intérieur. Les fleuves du versant oriental sont courts et donc médiocrement et irrégulièrement alimentés. La rareté de l'eau a conduit à la réalisation de grands aménagements. À partir de 1948 est entamé l'aménagement du bassin de l'Orange, permettant d'irriguer des terres dans le Moyen Veld et de détourner une part des eaux au-delà de la ligne de partage vers les plantations d'agrumes de la Great Fish et de la Sundays, aux bassins trop étroits. Plus importants encore sont les travaux en cours : les eaux du Haut Lesotho sont détournées pour alimenter la grande région urbaine industrielle et agricole du Rand.

 

Population

Avant l'abolition de l'apartheid, la législation sud-africaine identifiait quatre groupes raciaux : les Noirs, de langue bantoue (75,2 % de la population ), les Blancs (13,2 %), les Métis (8,9 %) et les Asiatiques (2,7 %) [1995 ]. Le gouvernement sud-africain reconnaissait l'existence de dix nations noires, définies en termes ethno-linguistiques ; il avait attribué à chacune un bantoustan, ou homeland.

 

Les Blancs, citadins à près de 90 %, ont, jusqu'en 1994, dominé les institutions politiques et tiennent encore l'économie. Ils se divisent en deux groupes majeurs. Les plus nombreux sont les Afrikaners (60 %), descendants des colons hollandais et des huguenots français installés au Cap au XVIIe siècle, mais aussi, dans une forte proportion de protestants allemands. Le groupe anglophone (34 %) est issu de colons britanniques dont l'implantation commença au début du XIXe siècle. L'origine des métis (Coloureds ) remonte au XVIIe siècle, par métissage d'Européens, d'indigènes bushmen (Khoi et San ) et d'Asiatiques, notamment malais. Les différences physiques avec les Blancs ne sont pas toujours évidentes et la classification des Coloureds au temps de l'apartheid a provoqué bien des drames. Les Coloureds vivent pour la plupart dans l'ouest de la province du Cap et forment le groupe ethnique le plus important de Capetown. Les Indiens sont concentrés dans la province du Natal. La majorité d'entre eux occupent des emplois dans le commerce, l'industrie et la finance. Johannesburg, Port Elizabeth et Durban abritent en outre de petites communautés chinoises.

 

Le taux de croissance de la population sud-africaine, encore proche de celui des pays en voie de développement, est une moyenne qui masque des situations disparates : la croissance est vigoureuse chez les Noirs (2,9 %), faible chez les Blancs (0,8 %). L'Afrique du Sud rassemble 42,6 millions d'habitants [estimation 1999 ] et connaît un taux d'urbanisation élevé (60,1 %). Cependant, il demeure incertain, car, en quittant les homelands pour chercher un emploi dans les villes, les Noirs, ne trouvant plus place dans les townships, agglomérations construites pour eux à distance des villes blanches, sont venus grossir les bidonvilles et les campements illégaux, tel celui de Crossroads, dans la banlieue de Capetown. Un grand ensemble urbain, centré sur l'activité minière et l'industrie, PWV (Prétoria-Witwatersrand-Vereeniging ), groupe sur un quadrilatère de 80 km sur 100 au moins 7 millions de citadins, avec notamment les villes de Pretoria, capitale gouvernementale (plus d'1 million h.) [1995 ], et Johannesburg (5,5 millions h. en 1995 ), capitale économique. Les autres grandes villes sont côtières. Capetown, qui est resté le siège du Parlement, n'est plus que le second port du pays, dépassé par Durban, capitale du Kwazulu-Natal et principal débouché du Rand industriel et minier. Au sud-est, East London et Port Elizabeth sont des ports et des villes industrielles plus isolés et moins dynamiques.

 

Économie

La découverte de diamants près de Kimberley, dans la province britannique du Cap, en 1867, et d'or dans le Witwatersrand, en 1885, dans la république boer indépendante du Transvaal contribua à constituer l'Afrique du Sud et à transformer un pays d'agriculteurs, Blancs ou Noirs, en un État industriel moderne, gouverné jusqu'en 1994 par une minorité blanche, mais dépendant du travail des Noirs.

 

 

Agriculture et pêche

En dépit de la surface limitée de terres arables (12 % de la superficie totale ), l'Afrique du Sud est quasi autonome sur le plan alimentaire. Cette situation est néanmoins extrêmement contrastée : à l'agriculture commerciale des «terres blanches », jusque récemment fortement subventionnée, s'oppose une agriculture de subsistance à base de maïs dans les homelands, trop peu étendus (13 % du pays seulement ), qui ne couvrent que 55 % des besoins alimentaires du pays. Les principales cultures céréalières sont le maïs dans le Veld, le blé dans la même région et dans le Cap occidental. La diversité des régions agricoles tient aux autres productions. La région du Cap est originale par son climat méditerranéen : c'est le pays des vignobles et des vergers de fruits tempérés, avec des exploitations de taille moyenne, constituées par regroupement des petits lots d'origine. Dans la province du Cap oriental, les exploitations restent aussi de dimensions modérées, spécialisées dans les agrumes et l'élevage laitier. Le Natal est le domaine de la canne à sucre. Au centre, à la production céréalière s'ajoutent les oléagineux (arachide, tournesol ) et l'élevage d'embouche et laitier, à proximité des villes. Le front pionnier de l'agriculture blanche est au Nord, dans le Low Veld, au Nord et à l'Ouest. Au Nord, progressent les productions fruitières (agrumes, fruits tropicaux ) et le front pionnier déborde sur le Mozambique. Les aménagements hydrauliques de l'Orange ont permis d'étendre vers l'ouest le maïs et les prairies irriguées. Une grande moitié occidentale est le domaine d'élevages extensifs de bovins mais surtout de moutons mérinos et karakul (ceux -ci fournissent l'astrakan ), sans oublier les exotiques autruches. L'urbanisation croissante de la population blanche multiplie dans maintes régions du centre les exploitations abandonnées et, malgré les expulsions opérées par le régime d'apartheid, les Noirs sont bien plus nombreux que les Blancs dans les régions agricoles blanches elles-mêmes. La pêche est importante au Cap et surtout à Durban et alimente une importante production de farine de poisson.

 

 

Ressources minérales et énergétiques

L'exploitation des richesses minières et énergétiques procure environ 68 % des revenus à l'exportation de l'Afrique du Sud. Premier producteur d'or (474 t en 1998 - bassin du Witwatersrand ) et premier producteur de chrome (38 millions de tonnes de métal ), l'Afrique du Sud est également à l'origine de près de 70 % du platine mondial. De plus, elle figure parmi les principaux producteurs de pierres précieuses (surtout les diamants ), d'uranium, de vanadium (premier exportateur mondial ), d'antimoine, d'amiante, de nickel, de titane, et de manganèse. En revanche, les gisements de fer sont relativement modestes, la bauxite est quasi absente et, surtout, le pétrole manque.

 

L'Afrique du Sud a donc dû mener une politique énergétique d'autant plus originale que les sanctions contre le régime d'apartheid l'ont largement empêchée d'importer du pétrole. Le sous-sol sud-africain, principalement au Natal et au Transvaal, concentre près de 60 % des réserves de charbon du continent africain. Le charbon extrait, qui place l'Afrique du Sud au quatrième rang mondial des producteurs, fournit près de 80 % des besoins en énergie primaire : 19 des 27 grandes centrales électriques sont alimentées avec ce combustible et le charbon est également transformé en pétrole. La centrale nucléaire de Koeberg, dans la province du Cap, est en activité depuis 1984 : cette localisation s'explique par l'éloignement du bassin houiller. On estime que l'Afrique du Sud concentre près de 70 % de l'électricité produite sur le continent africain.

 

 

Industrie

L'Afrique du Sud a très tôt amorcé un développement industriel pour répondre aux besoins des mines. Elle a également bénéficié des deux guerres mondiales, où elle a pu vendre facilement des biens industriels de consommation. La création d'industries est aussi un effet du désir des Boers de prendre leur revanche sur les anglophones en développant une industrie favorisée par le pouvoir politique : dès 1924, une aciérie était créée à Pretoria. Après 1948, le Parti nationaliste a multiplié les entreprises d'État, notamment dans l'industrie lourde, la production d'essence, l'armement. Les besoins de la mine jouent aussi un rôle important dans la progression de l'industrie mécanique lourde, du matériel électrique et électronique, voire de l'informatique et, d'autre part, dans la transformation des minerais. L'industrie des biens de consommation (agroalimentaire, textile, confection, automobile …) est très variée, mais elle souffre d'une médiocre productivité, faute de concurrence internationale pendant toute la période des sanctions et de l'étroitesse du marché intérieur, la majorité noire ayant un pouvoir d'achat limité, même s'il est plus fort que dans les autres pays d'Afrique noire.

 

Plus de la moitié des industries manufacturières est concentrée dans le PWV, au sud de l'ancienne province du Transvaal. Villes portuaires, Le Cap, Durban, Port Elizabeth et East London assurent environ 25 % de la production industrielle en valeur. Dans les années 1970, le gouvernement encourage la décentralisation industrielle ; des ports et des complexes industriels polyvalents se sont implantés à Richards Bay, au Natal et à Saldanha Bay, au nord-ouest du Cap ; par contre l'industrialisation en bordure ou à l'intérieur des homelands n'avait donné que des résultats limités.

 

Commerce

Les principales sources d'exportation sont l'or, les diamants, ainsi que d'autres métaux ou produits métallurgiques. Quoique ses coûts de production augmentent rapidement, l'Afrique du Sud produit encore 23 % de l'or mondial (474 t ) [1998 ]. Les produits de la mine constituent 68 % des exportations en valeur (contre 4 % aux produits agricoles ). Les produits chimiques, l'outillage et le matériel de transport représentent également des sources de devises. L'Afrique du Sud tire aussi des ressources des services : commercialisation du diamant à l'échelle mondiale, trafic de transit pour le Lesotho, le Botswana et le Swaziland, mais aussi pour la Zambie, le Congo démocratique, le Malawi et le Zimbabwe. Maintenant qu'elle n'est plus au ban des nations, elle voudrait développer ses industries pour l'exportation, en Afrique certes, mais plus encore en Asie et dans les pays industriels du «Nord ». Cela suppose une considérable expansion d'une industrie qui a trop longtemps évolué en vase clos.

 

Histoire

Les premiers habitants de l'Afrique du Sud furent les populations non négroïdes de chasseurs-cueilleurs San, et Khoi, également éleveurs, qu'on regroupe souvent sous le nom de Bushmen ou Hottentots. La migration bantoue a atteint le Transvaal au début de l'ère chrétienne et s'est poursuivie vers le sud principalement le long de la côte orientale : au XIVe ou au XVe siècle, le peuplement noir couvrait sensiblement la même aire qu'aujourd'hui. La découverte puis la colonisation de cette région par les Européens ont ouvert l'ère d'une difficile cohabitation.

 

L'implantation européenne

En 1487, l'expédition portugaise de Bartolomeu Dias atteint le cap de Bonne-Espérance, appelé alors cap des Tempêtes. En 1652, le Hollandais Jan Van Riebeeck établit le premier comptoir européen en Afrique du Sud, à Table Bay (aujourd'hui Capetown ), pour servir d'escale aux navires de la Compagnie des Indes orientales. La révocation de l'édit de Nantes en 1685 provoqua une émigration de huguenots français. Leur arrivée coïncida avec le début de l'esclavage des Noirs, tandis que les Européens, poussés par le manque de terres, gagnaient l'intérieur du pays.

Les pionniers hollandais (appelés plus tard Boers, d'un mot néerlandais qui signifie paysans, ou Afrikaners, qui parlent afrikaans ) s'implantent ainsi dans l'Est, où ils affrontent les Bantous. Une guerre éclate en 1779 (la première guerre cafre ) près de la Great Fish River entre les Hollandais et les Xhosas, qui poursuivaient leur mouvement vers le Sud.

Une part des colons hollandais s'est vite trouvée en conflit avec les Anglais, à qui le congrès de Vienne avait, en 1815, attribué la colonie du Cap. Les Boers leur reprochent une politique jugée trop favorable aux Noirs, notamment l'abolition de l'esclavage en 1833. Afin de préserver leur mode de vie, cette fraction irréconciliable amorça à partir de 1834 un mouvement vers l'intérieur du pays, le Grand Trek, qu'ils rapprochèrent de l'Exode biblique. Pénétrant sans difficulté dans des régions intérieures vidées de leur population par les expéditions guerrières des Zoulous, ils se heurtèrent à ceux -ci dans la région du Natal, mais parvinrent à contrôler l'intérieur et à y constituer les républiques indépendantes de l'État libre d'Orange (1854 ) et du Transvaal (1852 ), sortes de patriarcats pastoraux, aux infrastructures des plus sommaires.

 

À la fin du XIXe siècle, la découverte de mines d'or et de diamants attire dans ces républiques des immigrants, notamment britanniques, vers l'intérieur du pays, où des conflits éclatent au sujet de la propriété du sol. Paul Kruger, président du Transvaal, s'oppose aux prétentions britanniques sur la région, et notamment à Cecil Rhodes, premier ministre de la colonie du Cap et créateur de la British South Africa Company (1889 ), qui cherchait à contrôler le Transvaal. L'échec du raid britannique du docteur Jameson, en 1896, ne fit qu'aggraver une tension croissante. En 1899 éclata la guerre anglo-boer du Transvaal, qui, après une campagne d'une extrême dureté, s'acheva en 1902 par une victoire britannique et la disparition des républiques indépendantes.

 

La naissance d'un pays

L'Union sud -africaine, dominion britannique, fut constituée en 1909 par le regroupement des anciennes colonies britanniques du Cap et du Natal et des deux républiques boers vaincues. Sa participation à la Première Guerre mondiale en fit un partenaire international reconnu qui reçut en 1920 un mandat de la Société des Nations pour administrer le Sud-Ouest africain allemand, dont elle tendit à faire une cinquième province. Dans ce cadre, les afrikaners, vaincus militairement, dominés économiquement par la minorité anglophone, s'attelèrent à la conquête du pouvoir politique. Les premiers gouvernements, constitués par une alliance des anglophones et d'afrikaners modérés durent affronter une opinion boer hostile à la Grande-Bretagne et l'opposition de «petits Blancs » qui réclamaient des privilèges économiques et sociaux en raison de leur race. Le gouvernement du South African Party du général Smuts dut ainsi réprimer militairement, en 1922, la grève des mineurs blancs réclamant que les emplois qualifiés leur soient réservés. L'United Party de Barry Hertzog, arrivé au pouvoir en 1924 représentait mieux la base afrikaner et renforça la colour bar. La crise économique des années 1930, très rude, conduisit à un rapprochement entre ces deux forces politiques, qui ne purent endiguer la montée d'une force politique plus radicale, le Parti national du docteur Malan.

 

Le régime d'apartheid

Arrivé au pouvoir en 1948, le Parti national entreprit de systématiser une politique d'apartheid, ou «développement séparé », en donnant un contenu géographique strict à une politique de discrimination raciale apparue dès l'origine. Le Land Act de 1913, déjà, limitait à 13 % du pays les régions où les Noirs pouvaient acquérir des terres : les «réserves » définies pour chaque «tribu » ou «nation » constituaient une sorte de fer à cheval sur les périphéries du pays, au nord (Tswana notamment ) et surtout à l'est (Zoulou, Xhosa …). Quoique moins rudement frappés par cette politique, Asiatiques et Métis perdirent eux aussi l'essentiel de leurs minces avantages. Le Group Areas Act de 1950 visait notamment à l'élimination des «taches noires » résultant d'achats opérés par les Noirs avant 1913. On entreprit d'expulser des «terres blanches » les «excédents » de population noire, tenanciers et squatters, pour favoriser une modernisation de l'agriculture européenne : entre 1960 et 1983, environ 2 600 000 Noirs furent chassés des zones rurales «blanches » et renvoyés dans les réserves où le Bantu Self -Government Act de 1959 - en organisant un système d'administration autonome des réserves - préparait l'institution des bantoustans. Ceux -ci devaient à terme devenir politiquement indépendants, quoiqu'ils fussent économiquement non viables : quatre d'entre eux (Transkei, Bophutatswana, Venda et Ciskei ) reçurent entre 1976 et 1981 une indépendance que ne reconnut pas la communauté internationale.

 

Étrangers dans leur propre pays, les Noirs pouvaient de plus en plus difficilement aller résider dans les villes, où l'on cherchait à réduire au maximum leur nombre : seuls pouvaient y venir ceux qui justifiaient d'un contrat de travail : le pass, passeport intérieur imposé aux Noirs dès 1923, permettait le contrôle des migrations. La ségrégation raciale fut systématisée dans les quartiers, au prix de multiples destructions et expulsions et de la construction de townships pour les populations de couleur. On s'efforça, sans grand succès, de créer des industries en bordure des bantoustans, mais nombre de travailleurs durent aller travailler dans les villes blanches tout en résidant dans les réserves, au prix de grands déplacements quotidiens. L'opposition au système d'apartheid fut brisée : dès 1950, le Parti communiste, multiracial, était interdit. L'African National Congress (ANC ) et le Pan Africanist Congress le furent en 1960 après les manifestations contre le système du pass, qui aboutirent au massacre de Sharpeville. Les leaders de l'ANC, et notamment Nelson Mandela furent condamnés à la prison à vie en 1964. L'Afrique du Sud se détacha du monde extérieur : en 1961, elle quitta le Commonwealth, opposé à l'apartheid, et la république (République sud -africaine ) fut proclamée le 31 mai.

 

La remise en cause de l'apartheid

Le régime d'apartheid tenta de se constituer un «glacis protecteur » en Afrique australe, en soutenant la Rhodésie du Sud blanche, qui avait proclamé son indépendance en 1965, en faisant pression sur les petits États africains dépendants (Lesotho, Swaziland, Malawi ), en appuyant le régime portugais de Salazar dans sa lutte contre les mouvements indépendantistes, puis, après la «révolution des œillets » et l'indépendance de l'Angola et du Mozambique (1975 ), en encourageant les guérillas de l'UNITA et de la RENAMO. Cette politique accrut le désordre en Afrique australe sans permettre au régime d'apartheid de se constituer un «glacis protecteur ». Sous la pression des grandes puissances et par l'action des mouvements d'indépendance, en 1980, la majorité noire acquit le pouvoir politique en Rhodésie, devenue Zimbabwe, le Sud-Ouest africain devint indépendant en 1990 sous le nom de Namibie. La violence en Afrique lusophone, incontrôlée, a fini par nuire à l'Afrique du Sud elle-même.

 

Le régime d'apartheid se lézarda somme toute assez rapidement. Les leaders noirs réfugiés à l'extérieur n'ont pas réussi à implanter la lutte armée dans le pays ; le boycott des produits sud-africains n'a pas été d'une grande efficacité mais le régime d'apartheid a fini par pâtir des sanctions bancaires internationales. Surtout, la montée de la contestation politique intérieure, l'irrationalité économique de l'apartheid ont contraint le régime à une évolution qui n'a pu avoir d'autre terme que l'arrivée au pouvoir de la majorité noire. De violentes émeutes eurent lieu en 1976 à Soweto et dans d'autres townships provoquant 400 morts. L'opposition intérieure au sein de la société civile se structura dans l'United Democratic Front (UDF ), organisateur de la désobéissance civique. Sous la pression de cette opposition active, le gouvernement de Pieter Botha (1978 -1989 ) légalisa les syndicats noirs en 1979, autorisa les partis politiques multiraciaux en 1985, abolit la loi interdisant les mariages mixtes.

 

Le nouveau régime

 

Cela ne pouvait suffire à arrêter le mouvement de protestation des Noirs contre l'apartheid ; l'établissement de l'état d'urgence (septembre 1984-juin 1986 ) ne pouvait être plus efficace. Pour préserver l'essentiel, le président Botha dut en finir avec l'«apartheid mesquin », libéraliser l'installation des Noirs en ville, et tenter d'associer au pouvoir politique les groupes asiatique et métis, qui, en 1987, bénéficièrent d'une Chambre au Parlement. Pour diviser les Noirs, il appuya l'Inkatha Freedom Party, de Mangosuthu Buthelezi, à base tribale zoulou. Ces demi-mesures ne satisfaisant personne et donc accroissant le désordre, P.W. Botha dut en 1989 démissionner de la présidence au profit de Frederik Willem De Klerk.

 

Celui -ci, pour préserver la présence blanche en Afrique du Sud, et avec l'appui des grandes puissances et des institutions financières internationales, fit le choix d'une négociation difficile avec l'ANC, qui fut légalisé, libérant en 1990 son leader charismatique, Nelson Mandela. En 1991, l'apartheid était officiellement aboli par le Parlement. Malgré des affrontements violents entre l'ANC et l'Inkatha, appuyée en sous-main par une fraction de la police, malgré la résistance des milieux blancs extrémistes, le processus politique est allé à son terme : une nouvelle Constitution, intérimaire, a été adoptée en décembre 1993 par un référendum auquel seuls participaient les Blancs.

 

Les premières élections multiraciales d'avril 1994, auxquelles l'Inkatha accepta finalement de participer, assurèrent la victoire de l'ANC, avec 60 % des suffrages. Le Parti national de Frederik De Klerk s'affirmait comme la deuxième force du pays (20 %), ralliant non seulement la majorité des Blancs mais aussi celle des Indiens, des Métis et l'Inkatha, et gardait le contrôle du Natal, pays zoulou. Le 9 mai, les 400 députés du nouveau Parlement portèrent Nelson Mandela à la présidence de la République, Thabo Mbeki et Frederik De Klerk devenant vice-présidents. Parti national et Inkatha entrèrent dans un gouvernement de coalition. À l'issue des élections générales organisées en juin 1999, le Congrès national africain (ANC ) recueillit plus de 66 % des suffrages exprimés, soit 266 des 400 sièges à l'Assemblée nationale, et le successeur désigné de Nelson Mandela, Thabo Mbeki, fut élu à la tête de l'État par le Parlement nouvellement constitué.

 

 État et institutions

La Constitution intérimaire, valable pour cinq ans, adoptée le 17 novembre 1993 et qui a fait de l'Afrique du Sud une république multiraciale et fédérale, a été officiellement remplacée le 9 mai 1996 par une Constitution définitive, votée à l'unanimité moins deux voix et l'abstention du Freedom Front (extrémiste afrikaner ) et de l'Inkatha. Le texte de cette nouvelle Constitution, en vigueur à partir de 1999, combine une relative autonomie des régions et un gouvernement central suffisamment puissant. Il donne au pouvoir central des pouvoirs importants d'expropriation, permettant une réforme agraire. Sitôt après le vote, le Parti national quittait le gouvernement pour constituer une «opposition constructive ».

 

Les enjeux majeurs dans la nouvelle Afrique du Sud sont géographiques, sociaux et économiques. La constitution des circonscriptions est capitale dans un pays où l'apartheid avait associé race et appartenance territoriale. Si la division du pays en neuf provinces au lieu de quatre n'a pas posé de problème majeur, il n'en va pas de même pour le découpage au niveau municipal, puisqu'il s'agit d'associer des espaces riches et pauvres, encore fortement marqués racialement et ce faisant d'amorcer une redistribution des richesses. Faute d'accord sur les découpages, les élections locales ont dû être retardées dans le Cap occidental et le Natal. Il s'agit d'autre part d'atténuer les contrastes sociaux, ferments d'oppositions raciales, sans briser l'appareil de production ni effrayer les investisseurs par une politique économique radicale. L'ANC, qui a obtenu une politique économique libérale, n'a qu'une étroite marge de manœuvre et peut craindre les réactions d'une population noire qui espère une évolution rapide de son sort.

 

L'Afrique du Sud jouera -t -elle sur le continent le rôle majeur que suggère sa relative puissance économique ? Si elle s'efforce d'accroître ses parts de marché notamment dans les pays proches, elle se montre trop réticente pour assumer quelque leadership que ce soit, tout en s'inquiétant de voir une immigration africaine accroître chez elle violence, trafic de drogue et sous-emploi. Africaine comme malgré elle, elle est plus attirée, somme toute, par le développement de ses relations avec les industrialisés d'Asie (notamment la Chine ) et avec les pays du «Nord ».

  

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